Impliquer les municipalités

Lors de la manifestation de soutien aux réfugiés syriens à... (Archives Le Droit)

Agrandir

Lors de la manifestation de soutien aux réfugiés syriens à Ottawa.

Archives Le Droit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Michel Laliberté
La Voix de l'Est

Le Canada ne réussira pas à accueillir 25 000 réfugiés syriens d'ici la fin de l'année. Ça semble assez évident compte tenu de l'ampleur du défi. Et puis après? , comme l'affirmait avec justesse cette semaine le député de Québec solidaire, Amir Khadir. L'important, c'est que le Canada, qui semble enfin sorti des limbes diplomatiques où le Parti conservateur le maintenait depuis trop longtemps, redevienne une terre de refuge pour des enfants, femmes, hommes et familles entières fuyant les horreurs de la guerre. C'est ce que la communauté internationale attend de nous.

La promesse de faire venir de l'autre côté de l'Atlantique autant de réfugiés en l'espace d'à peine dix semaines était audacieuse de la part de Justin Trudeau. Les électeurs l'ont appuyé en le portant au pouvoir. Que l'opération prenne plus de temps que promis, ça n'en fait pas une promesse brisée. Il n'est pas ici question de réduire les taxes, mais de sauver des vies, devons-nous nous rappeler.

Il serait quand même sage que le nouveau premier ministre reconnaisse que le défi s'annonce impossible, que le délai sera dépassé. Ça donnerait plus de temps aux différentes entités de son gouvernement, à celles des provinces et des municipalités de tout mettre en place pour que l'opération se déroule le plus rondement possible.

M. Trudeau ne le fera probablement pas, image oblige. Il va garder le cap. C'est peut-être mieux ainsi. On entend déjà trop de politiciens de l'opposition le critiquer. Ils lui reprochent d'être dépassé par les événements, de montrer des signes d'indécision, de désorganisation.

Les attentats de Paris ont donné d'autres arguments aux sceptiques. Et si des terroristes de l'État islamique se glissaient parmi les réfugiés? , demandent-ils. Le court délai que s'est donné le Canada pour accueillir les réfugiés accentue les risques pour sa sécurité nationale. Ça explique sans doute qu'autant de Canadiens ont signé la pétition s'opposant à la venue de réfugiés syriens chez nous. La sélection des réfugiés par le Canada, les précautions à prendre les concernant et les vérifications à effectuer ne doivent pas servir d'excuses pour retarder ou repousser le début de l'opération humanitaire. Les fonctionnaires fédéraux de l'Immigration travaillent depuis longtemps sur des dossiers de réunification de familles syriennes. Des organisations non gouvernementales sur le terrain, qui s'occupent de milliers de réfugiés, peuvent aider les autorités canadiennes dans leur travail. Les connaissances et l'expertise de tous ces gens doivent être utilisées.

Dans cette opération sans précédent au Canada, le fédéral ne doit pas oublier d'impliquer sans plus tarder ses plus importantes organisations à la maison: les municipalités et les associations communautaires. Leur implication doit être immédiate.

Plusieurs villes, grandes et petites, sont ou seront appelées à faire de la place à nos futurs concitoyens. Quiconque s'intéresse un peu à la politique sait que seules les municipalités peuvent donner efficacement des services de proximité. Le fédéral, après son travail de sélection, s'occupera de transporter les réfugiés au pays et de les héberger quelque temps, notamment sur des bases militaires. Les nouveaux arrivants seront ensuite envoyés dans leur ville d'accueil. Puis le gouvernement central s'éclipsera. Les provinces - avec des subventions d'Ottawa - aménageront des programmes existants pour les aider à s'intégrer dans leur nouvelle communauté.

La réalité, c'est que les villes se retrouveront avec le gros du travail pour assurer un accueil structuré des réfugiés. Elles pourront compter sur des associations communautaires. Ensemble, elles seront à leurs côtés pour qu'ils se retrouvent dans leur nouvelle société. Elles leur donneront des vêtements, les aideront dans la recherche de logements, de travail, à s'inscrire à des cours de formation, accompagneront leurs enfants à l'école, les aideront à faire leurs devoirs. La valeur de tous ces services est inestimable. La réussite de cette grande opération humanitaire repose sur les municipalités et les associations communautaires. Ottawa doit le comprendre et s'assurer qu'elles ont les moyens financiers de relever ce défi colossal. Le premier ministre doit s'y engager.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer