Eaux usées, politiciens usés

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Quand M. Moreau (photo) affirme que son ministère ne peut inciter les municipalités à améliorer leur bilan de surverses, il ne cherche qu'à se déresponsabiliser.

Presse Canadienne

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

Les milliards de litres d'eaux usées déversées dans le fleuve Saint-Laurent par la Ville de Montréal ne sont pas les seules choses qui sentent mauvais: l'attitude et les propos du maire Denis Coderre et du ministre responsable des municipalités Pierre Moreau puent tout autant.

Quand M. Coderre parle de mieux communiquer avec la population au lieu de reconnaître le manque de transparence (excusez l'ironie du terme dans le contexte en question) de son administration dans cette affaire, il nous rappelle le politicien sans contenu (excusez encore) qu'il a été au fédéral.

Quand M. Moreau affirme que son ministère ne peut inciter les municipalités à améliorer leur bilan de surverses, il ne cherche qu'à se déresponsabiliser pour le droit de polluer accordé par son ministère aux municipalités. La réalité est que son ministère à toute l'autorité voulue pour exiger des correctifs des municipalités, mais préfère jouer au spectateur. Ça coûte moins cher que d'être un acteur actif qui doit allonger les dollars en subventions pour aider les municipalités à corriger le tir.

On ne saura probablement jamais si une solution aurait permis à la Ville de Montréal d'éviter de rejeter dans le fleuve des milliards de litres d'eau provenant des toilettes de maisons, commerces et hôpitaux en plus d'activités industrielles sans traitement. Des firmes de génie auraient sûrement eu des choses à proposer. Mais on peut penser que les coûts associés à leurs solutions - construction d'une conduite parallèle au segment du collecteur à réparer, par exemple - auraient été considérés trop élevés par la Ville de Montréal. Cela dit, pourquoi perdre son temps à travailler des solutions quand il suffit d'ouvrir les vannes et de tout envoyer dans le fleuve? En toute légalité. Comme par le passé, le fort débit du fleuve aura tôt fait de faire disparaître tout ça.

C'est ce réflexe de je-m'en-foutisme qui anime de centaines de municipalités québécoises. Tous les ans, le bilan des surverses publié par le ministère de M. Moreau fait état de dizaines de milliers de déversements d'eaux usées dans des lacs et des rivières. Ça se passe surtout lors d'averses ou de la fonte de la neige. Plusieurs segments des réseaux d'égout des municipalités sont très vieux et ne peuvent transporter toutes les eaux usées aux usines d'épuration alors que de l'eau de pluie arrive dans les puisards. Dans les secteurs dépourvus d'égouts pluviaux, tout le contenu des égouts sanitaires est alors rejeté dans des cours d'eau. Des décennies de développement résidentiel sans planification ou considération des impacts environnementaux font qu'on se retrouve aujourd'hui avec des réseaux d'égout incapables de tout capter. Leur modernisation se fait au compte-goutte, les municipalités attendant que les conduits soient à remplacer. Les conseils municipaux sont réfractaires à mettre de l'avant des initiatives pour mieux gérer les eaux de pluie ce qui réduirait considérablement les surverses. Ça veut dire que les municipalités continueront de déverser des eaux usées dans les cours d'eau pour encore 20, 30, 40 ans.

Cette pollution n'est pas prise au sérieux par les autorités. Bien que les surverses se produisent annuellement par milliers, ce n'est qu'en 2014 que le ministère de M. Moreau a exigé des municipalités qu'elles installent des lecteurs pour calculer les volumes rejetés. Elles ont jusqu'au 31 décembre 2019 pour se soumettre à la directive... Quand ces volumes de rejet seront connus, le grand déversement de Montréal pourrait apparaître alors comme de la petite bière.

Si le fait de rejeter sans traitement dans l'environnement des eaux usées contenant des serviettes hygiéniques, des tampons, des condoms, des médicaments et quoi encore dépasse la limite de l'entendement, le vrai désastre est le message projeté. Comment rallier les gens à la protection de l'environnement quand nos municipalités ne voient aucun problème à déverser leurs eaux usées dans les lacs et rivières?

Le ballon du cynisme-citoyen vient d'être gonflé à l'infini. Et MM. Coderre et Moreau continuent de souffler dedans.

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