Le fardeau de la preuve

Plus tôt cette semaine, devant la Place des... (Archives La Presse)

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Plus tôt cette semaine, devant la Place des Arts a Montreal, il y a eu une vigile visant à reclamer justice pour les femmes autochtones disparues ou abusées.

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Il y a une différence considérable entre une enquête journalistique, une enquête policière, et un procès au criminel. Une enquête journalistique comme celle de Radio-Canada à Val-d'Or s'appuie sur des témoignages, de préférence à visage découvert, mais parfois sous le sceau de l'anonymat. Une enquête policière cherche des preuves suffisamment solides pouvant mener au dépôt d'accusations. Et même quand les policiers pensent avoir de bons éléments de preuve, il appartient au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) de déterminer si le dossier est suffisamment solide pour mener jusqu'au procès.

C'est sur cette base qu'il faut situer l'enquête policière confiée au Service de police de la ville de Montréal (SPVM) sur les allégations d'inconduite sexuelle formulées à l'endroit de policiers de la SQ. Ces allégations ne mèneront nulle part si elles ne sont pas corroborées par des témoins ou appuyées sur des faits vérifiables. Or, dans le cas des témoignages entendus à l'émission Enquête, on a plutôt l'impression qu'il s'agissait d'événements n'impliquant que deux personnes à la fois, une plaignante et un policier. Si tel est le cas, ce sera la parole d'une personne contre celle d'une autre. Pire encore, ce sera la parole de plaignantes démunies dont la crédibilité sera facilement démolie par la défense.

Exemple: on a appris jeudi que l'une des plaignantes de Val-d'Or, Bianca Moushoom, a plaidé coupable le 6 octobre à des accusations de voies de fait contre un policier et entrave au travail d'agents de la paix. Selon le reportage, la femme de 26 ans, en état d'ébriété, se battait devant un bar et aurait résisté violemment lorsque les policiers sont intervenus. La juge Renée Lemoyne l'a condamnée à 45 jours de prison en lui rappelant qu'il s'agissait d'une récidive et que c'est pour sa protection que les policiers sont intervenus.

Imaginez le problème de crédibilité de cette jeune femme lorsque les policiers du SPVM iront l'interroger sur ses allégations à l'émission Enquête. Dans ce reportage, Mme Moushoon affirme avoir fait des fellations contre rémunération à sept policiers de la SQ de Val-d'Or. Elle a déclaré qu'elle était tellement «gelée» à l'époque, que cela ne l'avait pas dérangée. Une autre femme a raconté avoir fait l'objet d'une agression sexuelle par un policier au poste de police. Mais elle était seule. Que vaudra sa parole contre celle du policier?

Les plaignantes étaient très crédibles à la caméra, mais elles le seront moins devant les enquêteurs si elles n'ont pas de preuves. Observateur indépendant ou pas, il sera très difficile aux policiers du SPVM de déterminer ou se situe la vérité. Et ce sera encore plus difficile de convaincre le DPCP de porter des accusations.

Cela pose un problème: sur la base de ce qu'on a vu à la télévision, l'enquête du SPVM ne mènera nulle part et créera une énorme déception chez les autochtones.

En bout de piste, le mérite de ce reportage aura été de porter une fois de plus le regard de la société et des politiciens sur le sort des peuples autochtones. Mais dans le monde fou de l'information en continu, cette préoccupation sera rapidement de l'histoire ancienne.

Politiquement, cette histoire a joué à l'avantage de l'opposition officielle qui avait passé un moment difficile la semaine précédente, à cause de la démission de Stéphane Bédard et de Gilles Duceppe. Cette fois, c'est le gouvernement qui était sur la défensive, mais pour combien de temps?

La semaine prochaine, les caméras se tourneront vers Justin Trudeau, son nouveau cabinet, ses intentions et tout le reste. Le dossier autochtone aura déjà été digéré par la machine médiatique.

Cynique, le chroniqueur? Non, tristement réaliste.

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