Du maïs «soufflé»

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Sylvain Charlebois
La Voix de l'Est

Progressivement, les appellations réservées semblent intéresser les producteurs québécois. À l'heure actuelle, au Québec, il n'y a que le célèbre agneau de Charlevoix en 2009, le vin et le cidre de glace du Québec en 2014, puis possiblement dans un avenir rapproché en 2016, le maïs sucré de Neuville, qui jouissent d'une indication géographique protégée (IGP). C'est maintenant au tour des producteurs de bleuets du Lac-Saint-Jean de considérer cette option d'attribuer l'IGP à leur fruit chéri. De telles requêtes doivent se faire auprès du CARTV, organisme sanctionné par Québec pour l'octroi de ces appellations.

Influencé par l'Europe principalement, le Québec est allé de l'avant il y a de cela quelques années avec sa propre loi sur les appellations réservées. L'idée principale de cette initiative est de valoriser, reconnaître publiquement et préserver l'authenticité agraire et le savoir-faire d'une région particulière. Elle tente aussi de diminuer le phénomène des fraudes alimentaires, un véritable fléau ces temps-ci à travers le monde. Depuis 1935, Bordeaux, Chateauneuf-du-Pape, le boeuf de Charolles, l'huile d'olive de Corse et une multitude de produits européens ont maintenant une appellation contrôlée. Au Québec, contrairement à l'Europe, le mouvement ne fait que commencer.

Au Lac-Saint-Jean, ce n'est pas la première fois que les producteurs de bleuets courtisent l'idée. Il y a une dizaine d'années, ils y songeaient sérieusement, mais c'était l'époque où les étiquettes étaient mal comprises par plusieurs. Afin de suivre les pas de Charlevoix, il est fort probable qu'une demande sera soumise dans les prochains mois par les quelque 300 producteurs de bleuets. Pour obtenir la certification d'un produit à l'IGP, les règles sont strictes. Un cahier de charges homologué et bien défini qui fait l'objet d'une consultation publique est requis. Par contre, cette consultation est pratiquement circonscrite à un marché archilocal. Cette méthodologie limitative conduit potentiellement le Conseil à prendre de très mauvaises décisions, pouvant causer un préjudice à loi. C'est peut-être ce qui explique pourquoi le maïs de Neuville aura peut-être son IGP.

L'intention réelle de la Loi sur les appellations contrôlées dépasse la valeur des pratiques agricoles pour produire le maïs. Il faut aussi mieux comprendre la valeur marchande du territoire représenté. Il est vrai que la topographie et la richesse du sol de la vallée du St-Laurent offrent à Neuville une géographie agricole qui lui est propre. C'est une très belle localité, mais contrairement à Charlevoix ou le Lac-Saint-Jean, elle n'attire pas de nombreux touristes annuellement et n'a pas la même notoriété, surtout à l'extérieur du Québec. Le rayonnement de Neuville ne dépasse guère nos bornes provinciales. Et puisque le Québec vieillit et que le domaine alimentaire montre des signes de resserrement ces dernières années, l'appareillage administratif pour soutenir ces produits spéciaux nécessite un marché qui outrepasse les frontières québécoises. L'échantillonnage utilisé par le Conseil durant la période de consultation doit absolument reconnaître ce fait.

Évidemment, certains vont vraisemblablement avancer que l'on peut valoriser une région par l'entremise d'un produit ayant une IGP. Peut-être, mais pour ce faire, il faut de l'argent, beaucoup d'argent. Espérons que les neuf producteurs de maïs neuvillois auront les moyens de soutenir la campagne de commercialisation nécessaire pour faire connaître leur produit.

La Loi sur les appellations contrôlées et l'IGP sont des outils puissants qui doivent être utilisés de façon judicieuse. Le Québec fait figure de pionnier à ce chapitre. D'autres demandes sont actuellement à l'étude, incluant le cheddar de l'Île-aux-Grues, le vin du Québec, le fromage de vache de race canadienne et la volaille Chantecler de tradition. Et il y en aura d'autres. Entre-temps, afin d'assurer le succès des produits québécois qui méritent bien la protection d'une accréditation officielle, le Conseil doit faire preuve d'astuce.

 

Sylvain Charlebois

L'auteur, originaire de Farnham, est professeur titulaire, distribution et politiques agroalimentaires et vice-doyen du collège en management et études écononomiques de l'Université de Guelph.

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