Les rapports

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Bernard Demers
La Voix de l'Est

C'est la fin du mois, alors il faut écrire un rapport, le rapport mensuel.

Mais c'est aussi la fin du trimestre, lequel commande un rapport, le rapport trimestriel. Et puis je quitte bientôt, mon mandat achève, ce qui nécessite un rapport, le rapport final. Par ailleurs il y a eu deux activités et trois extrants de produits ce trimestre et cela demande des rapports, les rapports d'activité et les rapports d'extrant. Alors, quand vient le moment d'écrire mon texte pour La Voix de l'Est, curieusement, la seule idée qui me vient en tête c'est en rapport avec les rapports.

J'ai écrit des rapports toute ma vie. Des petits ou des gros, des insignifiants, aussitôt avalés par la machine à procédure et disparus dans des entrailles inexplorables, et des plus importants, parfois pour la bouche délicate d'une commission parlementaire ou pour le palais délicat d'un groupe de hauts fonctionnaires. Certains ont même leur numéro d'ISBN, sont donc officiellement édités, et devraient se retrouver dans le fond de la bibliothèque nationale où ils vivent leur vie étriquée de rapport conséquents, mais oubliés.

Toutefois, c'est dans les projets internationaux que j'atteins des sommets. Ici, le rapport est à ce point essentiel que leur écriture porte un nom; le rapporting. Quand vous examinez les Termes de Références d'un projet (l'une des expressions sacro-saintes de l'international), quand vous lisez un affichage de poste, vous verrez chaque fois, pour le chef de projet, des activités de rapporting. Et, en effet, on rapporte!

Soixante ans que des intervenants de tous les pays riches écrivent des rapports sur leurs activités d'appuis à des pays pauvres. En empilant ces rapports les uns sur les autres on est certainement capable de grimper jusqu'à la lune. Et en alignant toutes leurs mots en une seule longue ligne, on fait probablement tout le tracé de l'orbite terrestre autour du soleil. Cela n'a, malheureusement, pas changé grand-chose.

Je n'ai pas trop à me plaindre, cette fois, le bailleur européen qui finance le projet demande bien moins de rapports, et moins d'ajustements à ceux-ci, que ne le faisait l'ACDI quand j'étais en Haïti, surtout après le tremblement de terre. Et ce n'est pas tant le fait d'écrire des rapports qui me dérange, au contraire j'aime plutôt cela. Non, ce qui me perturbe c'est qu'on en fasse si peu compte. Une fois le rapport écrit, une fois le rapport reçu, il ne semble y avoir aucune suite. Le rapport n'est vu que comme un moyen de rendre compte de manière statique, que comme une preuve justifiant des dépenses et des actions. Alors que les rapports ne prennent leur sens et leur valeur que quand ils sont accessibles, quand ils sont lus, et quand on se base sur eux pour faire autre chose, la fois suivante.

Et si on en lisait quelques-uns, de ces fameux rapports?

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