(Mal) Heureusement, le ridicule ne tue pas

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Bernard Demers
La Voix de l'Est

J'avais prévu vous entretenir des drones et des questions éthiques que leur usage soulève, en soulignant du même coup que, dans le cas de leur usage militaire, je trouvais leur utilisation plus efficace et plus morale, à tous égards, que celle des armes conventionnelles; tant qu'à tuer, autant tenter de tuer les vrais responsables des guerres plutôt que ceux qu'ils envoient à la mort. On appelle cela «assassinats ciblés», moi j'appelle cela «ramassage des ordures» (je cesse d'être poli devant des gens qui n'ont comme projet pour autrui que leur mort, leur avilissement ou leur souffrance).

Mais, voilà qu'arrive le scandale de la FIFA. Dans un premier temps, je ne change pas de sujet puisque je vous ai déjà entretenu de la corruption; que des organismes comme la FIFA, ou toute autre organisation qui s'est arrogé le pouvoir d'attribuer un événement touristique majeur à telle ou telle ville à telle ou telle date, soit un lieu de corruption, il n'y a là rien d'étonnant. Rien pour écrire à sa mère, seulement un scandale de base, prévisible de par la fonction même de l'organisation.

Pourtant, voilà que Blatter persiste. Non seulement il persiste, mais il accuse en retour! Il a dirigé pendant 17 ans une organisation et celle-ci se trouve mêlée à un scandale de corruption. La moindre des choses serait de manifester son inquiétude, son souci de corriger les choses, sa préoccupation face à la situation et l'admission de ses propres défaillances. En effet, comment peut-on prétendre diriger et, du même coup, affirmer qu'il n'est pas possible de tout contrôler ou, tout au moins, ne pas affirmer que l'on va tout faire pour assurer un meilleur contrôle? Il se fait réélire, il veut encore diriger, mais il ne veut assumer aucune des responsabilités de ce que veut dire diriger. Voilà un monsieur qui veut le champagne, les beaux hôtels et les séjours à l'étranger, mais qui ne veut rien savoir de faire son travail.

Loin de s'interroger sur ses défaillances, M. Blatter reprend le discours d'un ministre de Poutine et fabule sur un complot étatsunien. Il est évident que la plus grande démocratie du monde, où le baseball, le football américain, le basketball, le hockey sont de loin plus populaires et plus riches que ce sport mineur qu'y est le soccer, a brusquement décidé de s'attaquer à la FIFA, dont elle n'a rien à faire par ailleurs, que dans le but de critiquer la Russie. Ainsi, loin d'examiner son organisation, loin de se dissocier des personnes accusées de corruption, M. Blatter se vautre dans le ridicule et dans les théories conspirationnistes les plus sottes qui soient.

Si ce n'est pas de la malhonnêteté, c'est au moins de l'aveuglement volontaire, de la sottise, et de l'incompétence. N'allez plus au foot tant que ce monsieur est en poste, car, autrement, vous contribuez à son salaire et vous payez son champagne. Et vous le rejoignez dans le ridicule.

 

P.S. La réalité vient de rattraper Blatter. Il démissionne. Cela ne veut pas dire que le ménage est fait, ni qu'il ne doit pas être fait ailleurs, dans d'autres instances comparables. Mais, au moins, voilà un cas de réglé.

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