Corruption

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Bernard Demers
La Voix de l'Est

Vendredi dernier nous étions au restaurant avec des connaissances d'origine européenne. La conversation a dévié vers la corruption. Nous ne nous y sommes pas attardés, nos vues étaient diamétralement opposées et cela allait gâcher la soirée.

Je travaille en gouvernance, c'est dire que je cherche notamment à accroitre la transparence des systèmes pour en accroitre l'équité et assurer, à terme, qu'ils existent pour les fins qu'ils poursuivent. Et qu'ils le font avec efficience, au meilleur coût possible. Nos hôtes travaillent dans la construction. Ai-je besoin d'en dire plus? Mais, surtout, ils sont européens et viennent d'un pays régulièrement marqué par des «affaires» où des millions d'euros disparaissent dans les caisses secrètes des partis politiques et dans les poches des élus, lesquels d'ailleurs cumulent les fonctions et sont joyeusement maire et député ou sénateur et président de région. Il est difficile de critiquer la corruption chez les autres quand elle est endémique chez soi.

Ceci dit, le Canada n'est pas exempt de corruption, loin de là. Nous avons la spécialité, particulièrement au Québec, de fermer les yeux devant la corruption. Puis, quand on fait une commission comme la commission Charbonneau, on fait semblant de tomber des nues. C'est à qui déchire sa chemise avec le plus de conviction alors qu'à peu près n'importe qui, choisi dans la rue au hasard, vous aurait dit qu'il y avait de la magouille dans les dons politiques. Et nous n'avons pas fait tout le ménage, loin de là. À ma connaissance, il n'y a pas que les firmes d'ingénieurs qui veulent des contrats gouvernementaux.

Le premier problème, avec la corruption, c'est qu'elle entraine le silence. Un silence tantôt complice, tantôt lâche. Chez nous, nous sommes plutôt du côté lâche, ailleurs plutôt du côté complice. Le résultat demeure le même, la corruption est présente. À un moindre degré au Canada, me direz-vous? Certes, mais toute corruption est néfaste.

Le mot même de corruption indique la gravité de la maladie. La corruption est une pourriture (le corrompu aussi, de même que le corrupteur). La pomme pourrie pourrit le panier, le streptocoque du groupe A se multiplie dans la plaie et vous emporte la jambe, ou la vie. En fait, les dommages de la corruption sont énormes et vont bien au-delà des sommes volées.

Un inspecteur municipal accepte cent dollars au coin d'un chantier non déclaré pour ne pas voir qu'on installe une nouvelle fenêtre (très jolie par ailleurs) sans permis. La fenêtre est jolie, le permis aurait coûté environ cent dollars aussi, alors où est le dommage? La municipalité a perdu cent dollars, quelle importance sur deux milliards?

En fait, le citoyen a perdu tout respect pour l'inspecteur, pour les inspecteurs. Pour sa part, l'inspecteur vient d'améliorer son revenu sans travail et commence à perdre à la fois le sens du travail et le sens de l'argent. Les collègues, quand ils s'en doutent, perdent le sentiment de l'équité, envers les citoyens et entre eux, certains montrant qu'il est plus payant de ne pas appliquer la réglementation que de l'appliquer. Les voisins, s'ils s'en doutent aussi, perdent également le sentiment d'équité puisque celui qui peut payer peut obtenir des choses plus facilement. Et la corruption, exactement comme le streptocoque du groupe A, se multiplie, s'étend, et emporte une municipalité, un ministère, une société.

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