Noël pour tous

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Guy Durand
La Voix de l'Est

Noël est la fête de la nativité de Jésus: elle rappelle sa naissance en Palestine, événement passé qui a marqué l'Occident, sinon le monde. Ne parle-t-on pas partout de l'Ère chrétienne? Noël appartient à l'univers émotionnel, culturel et religieux des Occidentaux. Réunions, décorations, chants, lumières, sapins, crèches, toute cette imagerie a quelque chose d'attendrissant. Congé civil, la fête est devenue une occasion de consommation et de réjouissances. Elle peut cependant avoir un sens profond, spirituel, pour chacun: enfants, adultes, croyants ou non.Depuis l'apparition des crèches miniaturisées, Jésus-Lumière-du-monde est devenu le petit Jésus, bébé gracieux et sans défense. Noël est devenu la fête des enfants, voire la fête de la famille. C'est là une occasion merveilleuse de réflexion sur la vie familiale et la responsabilité de l'éducation. Pourquoi pas aussi, parfois, de pardon et de réconciliation?

Pour les chrétiens, Noël commémore le mystère de l'Incarnation. Comme l'écrivait saint Irénée, évêque de Lyon au IIe siècle: «Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu». D'un côté, Dieu se fait homme: il prend tout de notre humanité: naissance, croissance, corps, émotions, amitiés, joies, souffrances, mort. D'un autre côté, il nous donne d'avoir part à sa divinité, de devenir fils et filles de Dieu. Ces idées révèlent une dimension inestimable de l'être humain: la dignité de chaque personne, la valeur du corps humain et des réalités terrestres, le sens de l'histoire. Le corps n'est pas cette guenille, comme l'a écrit Molière, ni mon frère l'âne, comme l'appelait saint François d'Assise. Il est le rayonnement de l'âme, le temple de Dieu. Le message chrétien de cette fête, c'est un message pour adultes qui dit que nous sommes des êtres responsables de la marche du monde

Noël peut aussi avoir un sens plus large, même dans une société sécularisée, et interpeller chacun. Détaillons quelques aspects.

Temps d'arrêt et d'intériorité. Fête légale dans plusieurs pays, Noël instaure un temps d'arrêt dans la vie de travail, un temps de répit dans nos activités besogneuses, un temps de repos. Il marque que les hommes et les femmes ne sont pas confinés à leurs tâches matérielles. Pas nécessaire, en effet, de croire en Dieu pour être rempli d'émotions et d'espoir à entendre chanter le traditionnel Entre le boeuf et l'âne gris ou l'Ave Maria de Caccini ou le Merry Christmas de John Lennon.

Ce faisant, Noël invite à l'intériorisation: l'entrée en soi-même, la reconnaissance de l'autre dans sa subjectivité. Il peut ouvrir aussi à la méditation ou à la prière, voire à la transcendance. À travers toutes les manifestations, même déformées, c'est un peu le sacré qui fait signe, avec toute l'ambiguïté et la richesse de cette notion. L'attention au mystère n'est jamais loin du sentiment d'émerveillement. Symbole de vie et de renouveau. Centré sur la naissance de l'Enfant-Dieu, avec les figurines de la crèche (les parents et l'enfant, les bergers et les anges, l'étoile et les mages), Noël évoque plus particulièrement le symbolisme de la naissance, l'irruption du nouveau, de l'inédit, doublé de l'espoir du bonheur. À la naissance, en effet, est rattachée la joie d'une nouvelle vie, l'espoir du bonheur pour l'enfant et les parents, la confiance dans la suite du monde. Chaque naissance est une promesse inouïe de renouvellement pour l'humanité. Que l'on soit croyant, athée ou entre les deux.

Ceux qui s'intéressent aux récits évangéliques y verront la naissance d'un prophète qui a transmis un message exceptionnel de renouvellement spirituel et d'attention aux autres (notamment les pauvres, les malades et les démunis), parfois même de critiques des institutions en place.

Occasion d'accueil et de partage. La pauvreté de la crèche, la simplicité des bergers, les dons des Rois mages évoquent un temps d'accueil et de partage. Par-delà ce qu'il peut y avoir de commercial et de conformisme dans l'échange de cadeaux, le geste constitue au fond une manifestation de partage et d'amitié. Rien n'empêche d'y penser davantage. Amour des proches: conjoint/e, enfants, parents, amis, collègues, voisins. Au-delà de ce qu'il y a de limité dans les guignolées pour établir l'équité et la justice, celles-ci constituent quand même des gestes de partage irremplaçables.  À regarder Marie dans les Évangiles, certains seront sensibles au récit d'une jeune femme enceinte, une mère célibataire susceptible d'être lapidée (selon la culture patriarcale du temps), mais qui a été pleinement accueillie, avec son futur enfant, par son amoureux. Une vieille tradition raconte même que Marie aurait été violée par un soldat romain: le geste de Joseph en serait encore plus beau.

D'autres pourront être frappés par le fait que le récit de la crèche est centré sur l'exclusion. Il n'y a pas de place pour le Messie sous les toits de son peuple. Les bergers pratiquaient un métier méprisé, ils avaient la réputation d'être malveillants et voleurs: ce sont pourtant eux que le récit prend à témoin. L'idée est accentuée dans le désir d'Hérode de tuer l'enfant et dans l'obligation de la fuite de la famille en Égypte. Pas de place pour eux dans leur pays! Une réflexion très appropriée sur l'exclusion, trop fréquente dans nos sociétés... et sur l'accueil qui devrait plutôt s'imposer.   

En somme, il y a dans les rituels de Noël une manifestation symbolique de ce que la vie est et devrait être faite: de joie, confiance, fraternité, accueil, solidarité, partage... à l'opposé de la déprime, des inégalités, des exclusions. C'est à chacun d'en profiter.

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