La valse des protéines et des fibres

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Sylvain Charlebois
La Voix de l'Est

Le prix de la viande, notamment celui du porc et du boeuf, a connu une hausse très importante au cours de la dernière année. Par exemple, un kilo de steak coûte environ 17,50 $ aujourd'hui au lieu de 12,50 $ en 2010 ; une hausse de plus de 40 %. Le steak haché, quant à lui, a augmenté de près de 50 % depuis 2010. Même chose pour le porc et le bacon que tant de Québécois adorent. Bien que ces augmentations embêtent quelque peu les consommateurs, ils ne sont malheureusement pas au bout de leur peine. Ce sera bientôt au tour des fibres de faire augmenter le prix du panier d'épicerie des consommateurs.

En effet, en raison de la valeur du dollar canadien qui semble littéralement fondre comme neige au soleil face au greenback américain ces temps-ci, le prix de plusieurs fruits et légumes augmentera de façon importante. Vu notre climat nordique, nous importons pour plus de 3 milliards $ CA par année en fruits et légumes pour subvenir à nos besoins. Avec notre pouvoir d'achat nettement diminué, les prix contractuels de nos importateurs seront sûrement revus à la hausse. Il est donc possible que 2015 ressemble un peu à 2013 alors que le prix des fruits et légumes avait augmenté de plus de 5 % en un an.

Bref, la valse des protéines et des fibres en lien au prix au détail s'inscrit dans cette nouvelle réalité agroalimentaire marquée par une agriculture mondiale plus étendue. Ce n'est plus du tout une question d'un simple déséquilibre temporaire entre l'offre et la demande. La situation est beaucoup plus complexe que cela. Le marché des denrées agroalimentaires a toujours été volatile et la chaîne d'approvisionnement avait toujours le temps de s'adapter, protégeant ainsi le consommateur. La volatilité des marchés a toujours perturbé les relations au sein de la chaîne alimentaire, à cause des soubresauts climatiques ou des éléments intrinsèques de notre économie mondiale. Or, aujourd'hui, les changements sont tellement abrupts qu'il est maintenant très difficile d'épargner le consommateur, surtout pour les produits n'exigeant aucune transformation. Et malheureusement pour nous, il est probable que cette tendance se poursuive pour encore bien longtemps. L'agriculture planétaire n'a jamais été aussi performante, mais elle est plus que jamais exposée aux risques systémiques.      

En acceptant leur nouveau sort, les consommateurs plus avertis se protégeront en devenant plus stratégiques dans leurs achats alimentaires. En sachant que les protéines, fruits et légumes et même les produits laitiers représentent des catégories dont la demande est plus inélastique à long terme, ces derniers peuvent opter pour des substituts tout en tentant d'anticiper les hausses futures pour d'autres catégories. Un congélateur, des conserves, n'importe quoi, afin de permettre la consommation ultérieure de produits non transformés.

Tant pour les fibres que pour les protéines, l'abondance de substituts permet à plusieurs consommateurs moins nantis de s'en sortir à court terme. De plus, rares sont les années, où les viandes, fruits et légumes augmentent drastiquement, tous en même temps. En sachant mieux anticiper l'imprévisible, les consommateurs peuvent tout de même y gagner.   

L'auteur, originaire de Farnham, est professeur titulaire

en distribution et politiques agroalimentaires et vice-doyen

du Collège en management et études économiques de l'Université de Guelph.

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