Prendre le temps qu'il faut pout décider comment mourir dans la dignité

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La Voix de l'Est

La campagne de relations publiques tourne allègrement. La ministre est de toutes les tribunes. Le rapport préliminaire est solidement ficelé, bien étayé. Le gouvernement proposera donc une loi de fin de vie au cours de la prochaine session parlementaire.

Les commentaires que je lis et entends sont pour la plupart positifs. Tout le monde souhaite que l'État légifère sur le droit de mourir dans la dignité.

Je suis souvent la mouche du cocher. Cette loi m'inquiète. Monsieur et madame Tout-le-Monde pensent au suicide assisté espérant une solution à l'incertitude de la fin. À la lecture du rapport, il m'apparaît évident que la loi n'ira pas dans ce sens. Heureusement.

Le suicide assisté demeure une aberration dans une société civilisée. Malheureusement, les fondements de notre société s'effritent, nous retournons vers l'individualisme. Nous faisons donc souvent des choix en ignorant les risques sociétaux. Car avec ce type de loi, les risques sont importants. Certes pas dans les premières années de vie de la loi. En effet, les décideurs seront aux aguets. Malheureusement, l'habitude et la bureaucratie donnent souvent une autre teinte à une loi.

Il suffit de lire les journaux pour constater que l'humain a développé une allergie marquée pour la compassion. Des vieillards sans défense sont maltraités et abusés dans des Centres où l'État devait justement les protégés. Agirons-nous différemment lorsque le législateur aura proposé un cadre légal pour mourir?

Quoi qu'il en soit, la loi verra le jour. Il faudra cependant que notre société devienne adulte et surveille les abus potentiels associés à la peur de la souffrance que la fin de vie impose souvent aux humains.

Certains médecins cèderont aux désirs de l'État, d'autres pas. Avec le temps des médecins deviendront spécialistes de la mort, d'autres refuseront toujours.

Nous marchons à grands pas dans le sillon du Meilleur des mondes de Huxley.

Je ne refuse pas le concept que les gens aient le droit de refuser la souffrance. L'acharnement médical fut trop souvent l'antithèse de la compassion. Les maisons de soins palliatifs se sont développées pour offrir une fin paisible aux gens que la mort appelle. Ces maisons respectent la dignité humaine et notre peur de la souffrance. Peut-être est-ce là que se trouve la dignité dans la mort.

Je ne suis pas contre le fait que le politique souhaite encadrer les choix de certains d'entre nous. Mon refus vient plutôt de la négligence de l'État à peser et analyser suffisamment les véritables aboutissants de la direction que nous prenons pour la fin de vie.

Je persiste à croire que la population doit être mieux informée. Aujourd'hui, lucide et sans le voisinage de la mort, je peux écrire mon testament biologique. Lorsque le temps viendra, est-ce que mon souhait sera toujours aussi ferme? Si je deviens Alzheimer et que je n'ai pas prévu d'informer ma famille de mon souhait de mourir, détruit par ma détresse psychologique, comment réagira l'État ?

L'esprit du rapport est sain, peut-être un peu édulcoré, pour éviter les arrières goûts politiques. Toutefois, les citoyens et citoyennes ne sont pas vraiment informés de tous les tenants d'une telle loi.

Il m'apparaît primordial que ce choix de société soit débattu et expliqué aux citoyens. Il faut comprendre où peut nous mener ce choix. Le rapport prévoit de solides balises. Tant mieux. En écoutant tout un chacun, j'ai nettement l'impression que les citoyens et citoyennes s'attendent à autre chose: le choix de mourir lorsque nous le décidons.

Mourir dans la dignité est noble en soi. La hâte du gouvernement à vouloir légiférer notre passage obligé vers une autre dimension m'inquiète et me laisse perplexe.

Mettons un bémol sur les campagnes de relation publique. Informons plutôt le citoyen.

Nous pourrons ensuite mieux comprendre les implications de cette loi.

Gilles Guay

Bromont

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