Forces armées: payer pour des services que nous finançons déjà?

Partager

Valère Audy
La Voix de l'Est

Les municipalités et les provinces pourraient désormais recevoir une facture des Forces armées canadiennes, soit du gouvernement fédéral, si elles en réclament l'intervention en cas de crises majeures ou de catastrophes naturelles. Au Québec, ce fut le cas avec octobre 1970, les événements d'Oka, les JO de Montréal, le déluge du Saguenay, le grand verglas de 1998 et les inondations du Richelieu en 2011. La facture aurait atteint 44 millions$ pour le verglas et 4 millions$ pour les inondations du Richelieu.

Ottawa coupe partout avec l'espoir de réduire son déficit et d'atteindre l'équilibre fiscal. Il impose ses vues sans se soucier des conséquences pour les autres. Il le fait non seulement avec l'armée, mais aussi avec le resserrement des lois touchant la criminalité qui enverra plus de monde en prison alors que celles-ci sont déjà bondées, et avec la réforme de l'assurance-emploi qui enverra les travailleurs saisonniers à l'extérieur de la province que, ce sont les provinces qui écoperont, elle qui peinent à boucler leurs budgets. C'est aussi le cas des travailleurs et des familles qui s'appauvriront et des entreprises (touristiques, agricoles et des pêcheries, entre autres) qui risquent de perdre des travailleurs saisonniers spécialisés et compétents.

Depuis leur tour d'ivoire, les membres du gouvernement Harper, forts de leurs assises dans l'ouest du pays et de la division de leurs adversaires, ne font qu'à leur tête bourrée d'idées fixes de droite. Certes s'impose-t-il de tenir les cordons de la bourse de plus en plus serrés parce que les Canadiens n'ont pas envie de payer davantage d'impôts et de taxes. Mais ce n'est pas en narguant les autochtones, en niant les problèmes environnementaux et en refilant ses factures aux provinces que le fédéral fera oeuvre utile. Ses décisions, il doit en assumer le coût: soit sabrer avec discernement ou compenser les autres pour ce qu'il leur refile comme obligations et dépenses.

Revenons aux Forces armées. Bien sûr qu'elles existent pour défendre le territoire du pays et les intérêts supérieurs de ses habitants et pour, comme membre des Nations Unies, contribuer à l'occasion aux missions humanitaires et de paix. Le Canada n'étant toutefois pas un pays guerrier ou avec un passé colonial, les unités de son armée sont pour l'essentiel, en dehors de ses missions spéciales à l'étranger, postées à divers endroits de son territoire où elles doivent s'entrainer. Mais comment et à quelle fin au juste? Pourquoi ne pas joindre l'utile à l'essentiel et ainsi justifier l'important budget alloué aux Forces canadiennes?

Puisque celles-ci ont les équipements et les ressources humaines utiles en cas de crises et que le Canada n'est pas un pays guerrier, pourquoi les troupes du pays ne pourraient-elles pas porter secours sur demande chaque fois qu'il y a besoin là où une crise ou une catastrophe survient? Et cela, sans refiler de facture puisque les Canadiens paient déjà pour maintenir cette armée, ses installations et ses équipements. Pourquoi faudrait-il payer une deuxième fois? Pourquoi ces services ne feraient-ils pas partie de la formation et de la mission de nos Forces armées?

Le Québec et les autres provinces qui rouspètent ont doublement raison de le faire parce que le fédéral, en plus de chercher à réduire ses coûts pour un service fort coûteux qu'il doit absolument maintenir et dont il use de façon parcimonieuse, refile aux municipalités et provinces - en ce domaine comme dans la lutte à la criminalité et la réforme de l'assurance-emploi - une facture que les Canadiens paient déjà. Bref, il se décharge d'une partie de ses responsabilités sur le dos des provinces sans compensation. C'est aussi injustifié qu'inacceptable.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer