Écoles privées vs écoles publiques: le point sur la question (1re partie)

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La Voix de l'Est

Depuis le récent débat lancé par la ministre Malavoy sur les écoles privées et les élèves en difficulté, beaucoup de choses ont été exprimées dans les médias sur notre système d'éducation et la place qu'y occupe le privé: taux inacceptable de décrochage scolaire, sous-financement du réseau public, envahissement des écoles publiques par les cas lourds. Mais cela dépend-il du réseau privé? Faut-il déshabiller Paul pour habiller Pierre? La solution «est attrayante, écrit Alain Dubuc, parce qu'elle explique les problèmes du secteur public par une cause extérieure, l'écrémage du privé, ce qui évite commodément au réseau public de faire son propre examen de conscience et de réfléchir aux errements du Ministère, aux commissions scolaires dysfonctionnelles ou aux effets de la culture bureaucratico-syndicale» (La Presse, 16 oct.). Essayons de faire la part des choses: d'abord mieux comprendre la situation du réseau privé, puis examiner ce qui pourrait être amélioré dans le réseau public.

I - Description du réseau privé

Il est difficile de connaître les chiffres exacts, selon les dires mêmes du Conseil supérieur de l'Éducation (Avis, avril 2007). Il faut pourtant essayer.

Ampleur et variété du réseau

Les écoles privées du primaire et du secondaire relevant du ministère de l'Éducation du Québec (MÉQ) [car il existe quelques écoles qui relèvent d'autres ministères ou d'un pays étranger, comme les collèges Stanislas et Marie-de-France] regroupent environ 125 000 élèves, soit 12 % de l'ensemble des élèves du Québec (30 % dans la région de Montréal). En comparaison, ces élèves constituent en France 20 %; en Belgique 56 %. Ailleurs au Canada: Colombie-Britannique 9.3%; Manitoba 6.5%; Alberta 4.8 %. En Ontario, le taux est de 5 %, mais il existe un réseau d'écoles séparées (c'est-à-dire d'écoles catholiques) qui s'étend sur l'ensemble du territoire.

Il s'agit d'une augmentation de 14 % en 10 ans au Québec, mais de 31 % dans les autres provinces. Et l'augmentation du taux au Québec s'explique en bonne partie par la baisse de natalité qui a affecté davantage le réseau public, sans qu'il y ait plus d'élèves dans le réseau privé.

Les institutions subventionnées sont réparties en quatre groupes: 1) Des établissements francophones. La presque totalité est regroupée dans la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP): 190 établissements offrant l'éducation à plus de 110 000 élèves, dont 20 résidences scolaires et 12 écoles spécialisées pour élèves en difficulté d'apprentissage. 2) Des établissements anglophones de même type, regroupés dans l'Association des écoles privées du Québec/Quebec Association of Independent Schools (AEPQ/QAIS): 25 écoles accueillant 8000 élèves. 3) Des établissements juifs regroupés dans l'Association des écoles juives (AEJ): 23 écoles accueillant près de 7000 élèves. 4) Des établissements non réunis en association, dont 1 école arménienne, 2 grecques orthodoxes et 2 musulmanes (dont trois sont membres de la FEEP). Cette dernière catégorie regroupe environ 3000 élèves. Il existe enfin quelques écoles ethnoreligieuses affiliées à une commission scolaire dont le statut chevauche sur le privé et le public.

Les établissements privés sont très différents les uns des autres. Chacun a un énoncé de mission qui définit ses objectifs: les niveaux scolaires, la confessionnalité, les approches pédagogiques et les programmes d'activités parascolaires. Certains privilégient le développement des savoirs, d'autres misent résolument sur les arts (musique, théâtre, danse) ou le sport. Quelques-uns offrent un service de résidence. D'autres se spécialisent auprès des enfants handicapés. D'autres, enfin, se particularisent par l'accueil des immigrants.

Subventions

Depuis 1992, le gouvernement subventionne les écoles privées à 60 % du montant de base que reçoit le réseau public pour un «élève comparable» (subvention de base par personne). Il s'agit évidemment d'une moyenne. Pour déterminer «l'élève comparable», on considère une vingtaine de facteurs, notamment la région, la grosseur de l'école, le cycle d'études (primaire ou secondaire), le milieu socio-économique.

L'école privée accueille souvent des élèves qui présentent toutes sortes de difficultés mineures: retard scolaire, trouble de comportement léger, trouble d'apprentissage, etc. Pour eux, contrairement au réseau public, l'école privée ne reçoit aucune subvention.

Concernant les élèves classés handicapés ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (souvent appelés EHDAA), il faut faire une distinction. Le réseau privé compte 12 écoles totalement réservées à des clientèles de cette catégorie. Celles-ci reçoivent des subventions presque équivalentes à ce que reçoit le réseau public. Mais si l'école privée accueille seulement quelques élèves identifiés comme EHDAA, elle ne reçoit aucune subvention pour ce faire. Le permis délivré par le Ministère ne le leur permet pas.

À titre comparatif, les subventions de l'État aux écoles privées sont de 100 % dans les Pays-Bas, en Belgique, au Royaume-Uni et en Suède; près de 90 % en France; entre 80-85 % au Danemark.

Dans les autres provinces canadiennes, la situation est variée. Au Manitoba, les subventions couvrent 50 % de l'ensemble des coûts, y compris ceux des élèves handicapés et du transport scolaire. En Saskatchewan, elles sont de 100 % au secondaire. En Alberta, au pré-scolaire, elles sont de 100 %; au primaire et au secondaire, de 60 %. En Colombie-Britannique, une catégorie d'écoles reçoit 50 %; l'autre, 35 %. Reste l'Ontario où les écoles privées reçoivent peu, mais où les écoles séparées sont subventionnées à 100 %.

Profil socio-économique

Sur le plan économique, 20 % des parents du réseau privé ont un revenu familial inférieur à50 000 $. De plus, 37 % des élèves reçoivent une aide financière de la part des établissements. En 2004-2005, le montant atteignait4.5 millions $.

Sur le plan de la mixité sociale, la situation est variée. Sur l'île de Montréal, 1/3 des parents des élèves du privé ne sont pas d'origine canadienne. Ce qui est sensiblement identique au pourcentage du secteur public.

Profil académique

La sélection des meilleurs candidats vaut pour quelques écoles très connues, situées en particulier à Montréal et Québec. Ces établissements sont cependant peu nombreux: une dizaine au plus. Ailleurs, les «examens d'admission» sont des examens de classement qui permettent de constituer des groupes homogènes et/ou d'offrir des services spéciaux. Certaines écoles n'ont même pas d'examens de sélection: elles exigent une simple rencontre pour faire connaissance. En réalité, dans l'ensemble du Québec, en 2004, plus de 70 % des jeunes qui se sont présentés aux examens d'admission en sec. I ont été admis; 17 % ont été refusés faute de place; et 5 % l'ont été parce que les établissements ne disposaient pas des ressources financières nécessaires aux besoins particuliers de ces jeunes.

Depuis plusieurs années, le réseau privé accepte des élèves présentant un retard scolaire. En gros, environ 25 % des établissements privés ont un taux d'élèves en retard scolaire égal ou supérieur à 15 % (il est de17% au public). Bien plus, en 2002-2003, par exemple, 16 % des écoles privées avaient un taux de retard scolaire plus élevé (24 %) que celui du réseau public.

En élargissant la question à l'ensemble des difficultés scolaires graves, difficultés d'apprentissage, on découvre que, en 2004-2005, près de 30 % des établissements membres de la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP) offrent des programmes spécifiques aux élèves éprouvant des difficultés scolaires: groupes restreints, deux premières années du secondaire en trois ans, cours d'appoint dans les matières de base, cours de méthodologie du travail. Et cela, sans aide financière de l'État. Un exemple particulier: à l'école St-Joseph de St-Hyacinthe, il y a trois groupes de 25 élèves qui font secondaire I et II en trois ans, grâce aux dons de la communauté religieuse. L'absence de subvention affecte les pensionnats, qui reçoivent souvent des élèves qui souffrent de difficultés familiales ou scolaires; mais non les 12 établissements spécialisés en adaptation scolaire (EHDAA), au sein de la FEEP, qui travaillent étroitement avec les commissions scolaires et qui reçoivent des subventions égales à celles des établissements publics.

Guy Durand

Professeur émérite de l'Université de Montréal

L'auteur a publié en 2007 L'école privée. Pour ou contre, Éditions Voix parallèles.

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