N'empêche que la nouvelle première ministre est confrontée à un casse-tête d'autant plus exigeant à monter et gérer qu'elle se trouve à la tête d'un gouvernement minoritaire avec moins d'un tiers des voix exprimées, que les libéraux restent de redoutables adversaires et que les caquistes, qui l'ont chauffée, ne lui feront pas de cadeaux. Et, très présents dans certaines régions, son parti l'est moins ailleurs. Il a aussi pris, en matière d'éducation, de langue, d'amiante et de nucléaire, des positions qui ne rallient pas forcément la majorité, qui sont même à quelques égards peu respectueuses de la volonté populaire.
Mme Marois compte, dans ses rangs, quelques dogmatiques et grandes gueules trop pressés en certains domaines alors que d'autres le sont moins. Elle a aussi, dans son équipe, des révisionnistes, ce qui est normal dans tout nouveau gouvernement, mais également des environnementalistes aux visions faites d'avance qui rêvent de moratoires sur à peu près tout ce qui existe. Enfin, les femmes ne forment que le tiers de sa députation. Chaque parti a ses handicaps. Mais il est préférable que la formation au pouvoir en ait le moins possible parce qu'elle est alors ciblée, surveillée et attaquée.
Tous ces faits acculent Mme Marois à une voltige exceptionnelle. Elle doit, avec une équipe minoritaire, veiller à ce que toutes les régions soient représentées au conseil des ministres, à ce que les femmes y soient également et à des postes où elles ne seront pas de simples figurantes, à ce que la compétence soit le facteur principal des nominations, à ce que l'objectif souverainiste, loin des préoccupations populaires comme en témoigne le verdict du 4 septembre, ne prenne pas démesurément de place et d'énergie. Il lui faudra aussi porter une attention particulière à l'équipe économique qui est justement identifiée par les connaisseurs comme le maillon faible de son équipe.
Voilà qui balise en quelque sorte le mandat de Mme Marois, laquelle dit vouloir former un gouvernement d'écoute, de dialogue et d'action. Certes, la première ministre se souciera-t-elle à son tour, dans cet exercice, de la parité hommes-femmes. À cet égard, l'électorat ne l'a toutefois pas choyée avec à peine 17 femmes sur 54 élus et une répartition qui lui complique la tâche. Or, si elle n'égale pas la première réalisée sous Jean Charest, il y a tout de même compensation avec son propre poste de première ministre.
Si souhaitable soit-elle, la parité hommes-femmes, que ce soit à titre de députés ou de membres du conseil des ministres, n'est pas une règle obligatoire et en tout cas justifiée. C'est la compétence qui doit primer pour servir les meilleurs intérêts de l'État et de ses citoyens. On n'a pas à élire et nommer un nombre égal d'hommes et de femmes comme députés et ministres juste pour assurer la parité. Car on pourrait alors y désigner des nouilles et ignorer des gens de grand talent. Ce qui importe, c'est la compétence, l'intégrité et la disponibilité.
Enfin, qu'il y ait parfois plus de femmes et en d'autres moments plus d'hommes à l'Assemblée nationale et au conseil des ministres, on n'a rien à redire si la compétence y est. Reste cependant que pour favoriser l'objectif paritaire, il s'impose que les femmes s'impliquent davantage en politique et qu'elles prennent, lors des élections, la place qui leur revient dans la direction et la gestion des affaires publiques.