Inutile de juger sévèrement ces municipalités bien qu'elles aient une responsabilité dans ces faits. Cela parce que la Yamaska est une rivière de faible débit qui dessert un territoire industrialisé et assez densément peuplé où il se fait de surcroît de la culture agricole et maraîchère sur une haute échelle. Les réseaux d'égout sont par ailleurs vieux et incomplets, bref à refaire ou en reconstruction, et nul n'a de contrôle sur Dame Nature qui est à l'origine de certaines de ces surverses.
Si ces faits sont compréhensibles, ils ne justifient toutefois pas les attitudes fatalistes et l'inaction. La région a voulu se développer, elle y est parvenue et elle compte encore le faire. Ce cheminement doit s'accompagner de gestes cohérents et responsables. Surtout que la situation est claire, qu'on sait tous que la Yamaska est l'un des affluents les plus pollués du Saint-Laurent et qu'on ne saurait continuer de développer les rives de la Yamaska (villes, industries et cultures) sans que la situation empire, à moins de poser les gestes requis pour contrer et même réduire les gestes polluants.
D'où les États généraux dont on a récemment annoncé le lancement, non pas pour trouver des solutions, car celles-ci sont bien connues, mais pour prioriser les gestes à poser et réclamer les fonds nécessaires aux aménagements et correctifs qui s'imposent. Nous avons déjà souligné, dans un précédent commentaire, que tous devront faire leur part, cela va des citoyens aux gouvernements supérieurs en passant par les producteurs agricoles, les industriels et les municipalités.
Les relevés du MAMROT pointent plus particulièrement Cowansville et Saint-Hyacinthe. Proportionnellement, on pourrait penser que Bedford, Marieville, Saint-Césaire, Saint-Pie et Waterloo font pire que Granby. Mais il faut s'en abstenir puisque le nombre de surverses n'en spécifie toutefois pas le volume. Cette situation n'est enfin pas une affaire de mauvaise foi. Cela a plutôt à voir avec l'ampleur du défi et ses coûts.
Plusieurs des villes de la région sont à l'action. Elles reconstruisent leurs infrastructures en y ajoutant un égout pluvial, ce qui permet de déverser dans la Yamaska et ses affluents sans traitement lors de fortes pluies. Mais on ne rebâtit pas les réseaux dans des villes comme Granby et Saint-Hyacinthe en deux ou trois ans à peine. Et les municipalités de moindre importance n'ont pas les mêmes ressources techniques et financières.
Quelle que soit l'importance des municipalités, il faut maintenir et même accélérer la cadence là où le renouvellement des infrastructures est en cours et amener les autres à passer à l'action, quitte à émettre des ordonnances si le milieu n'en réalise pas lui-même la nécessité. Cela s'impose non seulement pour assainir la Yamaska, mais également parce que, tout en créant ou reconstruisant un réseau des eaux usées, on en profite généralement pour renouveler les conduites d'aqueduc qui sont elles aussi pour une bonne part trop petites, vieillissantes et fissurées.
Les municipalités ne pourront jamais éviter complètement les surverses car il leur est impossible de contrôler Dame Nature. Mais à partir du moment où elles n'enverront pas à la Yamaska leurs eaux usées chargées de graisses et d'autres matières polluantes et où on n'y déversera directement que les eaux de pluie coulant dans les rues lors de violents orages, les riverains de la Yamaska et de ses affluents auront franchi un grand pas.