L'effet Duchesneau durera-t-il ?

Valère Audy
La Voix de l'Est

Le chef caquiste François Legault croit avoir réussi un coup de maître en recrutant Jacques Duchesneau pour imposer la CAQ entre le PLQ de Jean Charest et le PQ de Pauline Marois et jouer ainsi un rôle de premier plan dans le débat électoral. Ça frappe en effet l'imaginaire de voir arriver l'ex-directeur du Service de police de Montréal et de l'Unité anti-collusion pour faire le ménage, la guerre à la corruption au Québec.

Avec ce candidat, la CAQ a son Monsieur Net pour appuyer son équipe d'incorruptibles. Mais pendant combien de temps M. Legault pourra-t-il flotter sur la nouvelle vague soulevée? Parce que M. Duchesneau a, comme le Dr Barrette aussi passé à la CAQ, un gros égo. L'homme a du mal avec l'autorité... au point de s'être fait tasser, de couler un rapport et de se contredire. Et, dès hier, M. Legault a dû le corriger.

N'empêche qu'il a forcé M. Charest à créer la Commission Charbonneau pour enquêter sur le monde de la construction et ses liens avec le financement politique. Mais il avait dit qu'il n'irait pas en politique et voilà qu'il prend prétexte d'une affirmation du premier ministre pour adhérer à la CAQ et lancer que le Plan Nord profitera aux amis des libéraux. Ce que le chef libéral a vite qualifié de «pure démagogie».

Avec M. Duchesneau, comme avec le Dr Barrette, la CAQ restera-t-elle à l'avant-plan de l'actualité pour les bonnes raisons? C'est à voir. On peut se demander si, à certains égards, M. Legault n'exagère pas. Parce que la CAQ et sa critique Sylvie Roy ne sont pas seuls à avoir lutté contre la corruption. Nicolas Girard, du PQ, a livré toute une bataille qui a coûté la tête à un ministre dans le dossier des garderies.

Les libéraux ont, comme gouvernement, posé certains gestes en plus de lancer la Commission Charbonneau. Ils ont un ex-policier d'expérience dans leurs rangs. Voilà qu'un deuxième s'ajoute. Et Me Gilles Ouimet, ex-bâtonnier de Montréal et du Québec, ancien adjoint au Procureur général et professeur d'université se présente pour le PLQ.

Enfin, voilà qu'un sondage affirme que la population croit à 66 % que tous les politiciens sont corrompus. Ça, c'est le résultat d'une opinion publique qui s'est formée à partir de ce que certains politiciens et adversaires des libéraux ne cessent de répéter. Bien sûr qu'il y a des politiciens qui sont corrompus. Mais est-ce que cela autorise à généraliser?

Pour en rester à M. Duchesneau, il est clair que son entrée en scène dérange les autres formations politiques. Pour le moment. Car il ramène la corruption au centre du débat et critique la gestion libérale de la crise étudiante. Ce qui fait l'affaire de Mme Marois. Mais celle-ci devra, comme M. Charest, composer avec une formation qui joue dans ses plates-bandes et divisera le vote.

Il y a par ailleurs quelque chose d'inquiétant dans l'arrivée de M. Duchesneau à la CAQ. M. Legault lui concède déjà le titre de vice-premier ministre et le droit de regard sur les nominations touchant l'intégrité, les titulaires des Transports, des Affaires municipales et des Ressources naturelles. Lui qui a aussi déjà nommé ses ministres des Finances, de la Culture et de la Santé. On sait également qu'on n'aura plus une femme vice-première ministre pour mieux refléter l'égalité hommes-femmes. De surprenantes annonces où, pour reprendre un vieux dicton, on vend la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

L'effet Duchesneau durera-t-il? Assurément pour quelques jours encore. Mais Monsieur Net se fera bien à son tour éclabousser, lui qui a réussi à se mettre les pieds dans les plats en moins de 24 heures. Il y a enfin tant à débattre à part la corruption: l'éducation, la santé, les garderies, les aînés, l'emploi, l'économie, la culture, la justice, la question référendaire, le système électoral, etc. Car il importe aussi de bâtir le Québec de demain et, à cet égard, le principal porte-étendard de la CAQ doit être M. Legault.

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