Le système électoral alimente le cynisme

La Voix de l'Est

Le premier ministre Jean Charest mettra l'accent sur l'économie, le Plan Nord et la collusion du monde étudiant, du PQ de Pauline Marois et d'organismes en quête de moratoires sur tout ce qui bouge au Québec au cours de sa campagne. Mme Marois, tout en discourant sur la corruption et tous les maux du Québec qu'elle attribue aux libéraux, promettra un nouveau gouvernement, une nouvelle orientation et un nouveau pays. M. Legault, de la CAQ, parlera de réformes en fustigeant les vieux partis (PLQ et PQ) alors que Québec solidaire pourfendra les corrupteurs auxquels il associe les libéraux tout en prônant l'égalitarisme. Et les étudiants ont promis d'y ajouter leur gros grain de sel.

La table des sujets de discussion sera ainsi bien garnie et, puisque nos leaders politiques ont du mal à se sentir et sont tous très affamés de pouvoir, ce qu'ils avanceront ne sera pas toujours joli à entendre. On fait déjà si facilement le procès des uns et des autres, à partir de la corruption et du carré rouge notamment, qu'il y a lieu de se méfier. Dans tout ça, on oublie un sujet d'importance qui n'alimente pas moins le cynisme populaire: notre système électoral et la constante révision de sa carte. Un système complètement dépassé.

Il faut en venir à des élections générales à date fixe, ce qui empêcherait tout chef de gouvernement de faire campagne sans l'avouer, de jouer avec la date, de décider en fonction de ses intérêts. Peut-être devrait-on aussi limiter le nombre de mandats d'un PM à deux ou trois. Pourquoi, comme dans d'autres pays, le peuple ne ferait-il pas lui-même le choix de son PM au lieu de devoir accepter le chef du parti qui obtient le plus de sièges? Pourquoi n'y aurait-il pas un deuxième, voire un troisième tour pour que le gouvernement représente au moins 51 % de la population plutôt que 24, 39 ou 42 %? À moins de trouver un élément proportionnel pour compenser la majorité qui se sent flouée.

Pourquoi joue-t-on constamment avec les limites des circonscriptions, ce qui fait en sorte que les citoyens ne savent souvent plus dans laquelle ils se trouvent? Rappelons ici comment on a joué avec Shefford au provincial et au fédéral. En plus des limites touchant les MRC, les commissions scolaires et les services de santé. Les gens sont mêlés et, dans certains cas, ils n'ont aucun sentiment d'appartenance. Le meilleur exemple est celui de Shefford qui, au provincial, exclut Waterloo et en laisse d'autres de côté. Le nombre d'électeurs n'est pas forcément la meilleure justification qu'on puisse donner.

Pourquoi, dans pareille réforme, ne bannirait-on pas le parachutage dont on a ces jours-ci de gros exemples? Et le carriérisme de ces gens qui, battus à un palier de gouvernement, se présentent à l'autre? Pour convoiter le siège d'une circonscription, pourquoi ne devrait-on pas y résider en permanence depuis 5 ou 10 ans? Certes, pourrait-il y avoir des exceptions comme pour le chef qui ne devrait pas avoir à être rattaché à un comté, le chef étant, une fois élu, le premier ministre de tout le monde.

En démocratie, il appartient au peuple de choisir ses dirigeants plutôt qu'aux partis de leur imposer leurs représentants. Les élus du peuple devraient être imprégnés de l'esprit et des besoins des milieux qu'ils habitent, d'où l'exigence qu'ils en émanent et qu'ils soient au service de ces milieux plutôt que des agents serviles du parti au pouvoir comme le sont trop de candidats parachutés ou désignés. Le parachutage et la ligne de parti alimentent tout autant le cynisme que l'usure, les procès de collusion et corruption. Mais de ça, à part les élections à date fixe que prône Mme Marois, on ne semble pas vouloir en parler. Ce serait pourtant de la plus haute importance pour combattre le cynisme, relancer la confiance populaire.

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