R comme Réactionnaire

 

Bernard Fournelle
La Voix de l'Est

Il renie des ententes et des traités internationaux, ça, on le sait: il nous le démontre depuis qu'il est au pouvoir. Il a aboli le registre des armes à feu pour plaire au puissant lobby des armes et il détruit les données du registre, ça aussi, on le sait. Voilà maintenant qu'il viole ses obligations internationales.

Pouvons-nous être surpris d'apprendre qu'un nouveau règlement, adopté en catimini, fait en sorte que les commerçants ne sont plus tenus de recueillir et de conserver les données permettant d'identifier un propriétaire d'arme? Ce faisant, ce gouvernement qui se targue d'être le prometteur de la loi et de l'ordre piétine son engagement au niveau international. Pourtant, il a reçu un avis de ses fonctionnaires qu'en agissant ainsi, il violait sciemment et ouvertement ses engagements. Mais notre premier ministre et son ministre de la Sécurité publique ont passé outre cet avis et s'enfoncent dans leur honteuse idéologie pro-arme. Serge Chapleau, dans sa caricature du 6 novembre 2009, dans La Presse, a très bien décrit les sentiments euphoriques que provoquent chez notre P.M. canadien les armes à feu.

Une fois de plus, il nous rend ridicules sur la scène internationale. Après ses lock-out du Parlement, ses lois contre les travailleurs, ses positions sur le réchauffement climatique, son boycottage de l'ONU, ses leçons de morale à la Chine, au Chili, à l'Europe, ses leçons de démocratie à propos des crises en Libye, en Syrie, en Afghanistan, en Tunisie, en Égypte, son appui inconditionnel à l'État d'Israël et le maintien d'une monarchie dépassée et folklorique font en sorte que le Canada a perdu une grande partie de sa crédibilité acquise dans les dernières décennies. Et comme le disait un célèbre commentateur, nous pouvons affirmer «Si la tendance se maintient, nous prévoyons» que la crédibilité canadienne souffrira encore des inepties de l'actuel gouvernement jusqu'en octobre 2015. Les sociologues nous disent que six mois en politique, c'est une éternité. Pouvons-nous imaginer ce qu'il fera en 38 mois?

Une crédibilité s'acquiert grâce à un travail de longue haleine. Les premiers ministres Pearson, Trudeau, Mulroney et Chrétien ont démontré par leurs prises de position et leur engagement dans les forums internationaux que le Canada était digne de confiance. Ils ont engagé notre crédibilité. Il faut maintenant voir la mimique des interlocuteurs rencontrés lors de voyages pour constater que la réputation canadienne se compose au passé. Ils demeurent polis, mais nous pouvons déceler un sourire en coin: «C'est: cause toujours mon lapin... les bottines ne suivent plus les babines».

L'actuelle idéologie prônée par nos mandataires politiques s'inscrit dans ce qu'il y a de plus réactionnaire. À droite de l'échiquier politique, diront certaines personnes... même pas: réactionnaire tout simplement. Notre actuel P.M. canadien cherche à imposer SES vérités; et SES dérives nous éloignent de plus en plus du modèle démocratique traditionnel pour donner naissance à ce que nous pouvons appeler une démocratie autoritaire. Il dénonce l'interventionnisme de l'État, il réduit la taille de l'État, mais en même temps il valorise un État policier qui aura tous les citoyens à l'oeil. Il développe sa propagande. Il réglemente les aspects de la vie sociale et culturelle. Il nomme des non-élus. Il limite les libertés d'association, d'expression, d'opinion. Il contrôle les sources d'information. Il excuse les manquements à l'éthique de ses ministres.

En fin de compte, il impose la toute-puissance de SON État. Il caricature «le jadis plus meilleur pays du monde». Après avoir jonglé avec l'idée de remplacer le castor par l'ours polaire comme animal emblématique du pays, rêve-t-il d'en changer la dénomination? «Harperland», pourquoi pas?

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