Investir pour briser l'isolement du Nord

Valère Audy
La Voix de l'Est

La Terre n'arrête pas de tourner et le Québec de se développer même si les requêtes de moratoires pleuvent et si les caméras sont surtout braquées sur la crise étudiante et les agitateurs qui s'ajoutent à la mêlée. Et heureusement, puisqu'il faut bien produire la richesse que les grands chantres de l'égalitarisme veulent tant partager. Heureusement aussi que plusieurs investissent et que d'autres travaillent alors que, à tort ou à raison, les uns critiquent et d'autres manifestent.

Pendant que les foules s'agitent dans les rues, des entreprises reluquent le Nord et de nombreux travailleurs sont aux aguets. Bien sûr, les pourfendeurs du Plan Nord de Jean Charest ont-ils eux aussi les yeux tournés vers ce vaste chantier, mais pour le décrier et fustiger les investisseurs. C'est une mode, ces temps-ci au Québec, de tirer à boulets rouges sur les libéraux, les grandes entreprises et les riches qu'ils associent allègrement comme s'il s'agissait d'exploiteurs, de voleurs. On a la critique facile et les solutions proposées relèvent souvent de la pensée magique.

Bien sûr faut-il que les minières paient un juste prix pour nos ressources. Mais lequel? À trop demander, le Québec sera non concurrentiel et les investisseurs s'en détourneront. Évidemment que les richesses seront encore là quand il n'y en aura plus ailleurs. Mais en attendant, de quoi les Québécois vivront-ils? Si ça n'inquiète pas les élites de gauche et leurs idéologues, ce n'est pas la même chose pour le peuple qui, lui, risque de souffrir davantage que ces penseurs d'une quasi-paralysie de l'État. On n'a qu'à regarder ailleurs pour voir ce que ça donne.

Le Nord, le Québec doit lui-même y investir et être partenaire de son développement. Ne pas l'acheter, prendre tous les risques et se retrouver un jour devant une coquille sans valeur comme on l'a fait avec l'amiante d'Asbestos. Mais investir de façon raisonnable, se garder des parts et toucher des redevances. Ce qui revient au PPP (partenariat public-privé). Pour que l'État profite de ses richesses en se joignant aux entreprises qui disposent de l'expertise et des fonds requis, lesquelles ne sont pas des organismes de charité. Les risques qu'elles courent, c'est comme la qualité, ça se paie.

Dans ce développement, il y a des investissements qui devraient surtout relever de l'État. Comme les routes principales et les services publics. Pourquoi notre système routier public ne s'étirerait-il pas jusque sur les rives de la Baie d'Ungava pour continuer ensuite vers la pointe nord du Québec et redescendre sur la rive est de la Baie d'Hudson jusqu'à la Baie James? Ainsi, les autochtones auraient meilleur accès entre eux et vers le Sud et nous vers le Nord. Nous pourrions établir de meilleurs rapports et y développer le tourisme, cela en accord avec les vues et coutumes des gens du Nord plutôt qu'en leur imposant les nôtres. Faute de routes, ces rapports sont quasi inexistants.

Peut-être que les entreprises devraient contribuer à ces routes principales puisqu'elles en profiteront également. Mais celles-ci devraient être publiques pour être accessibles à l'ensemble des Québécois. Comme les ports de mer en construction ou à venir dans le Nord devraient être publics plutôt que privés, à l'instar des aéroports, de façon à en éviter la multiplication ainsi qu'une concurrence et d'inutiles querelles.

Quant aux routes secondaires, celles ouvertes spécifiquement pour desservir les minières et autres industries, elles devraient l'être aux frais des entreprises concernées. De même que les aménagements requis pour leur personnel, dont l'habitation et ce qui va avec. S'il faut créer un village avec services, que les investisseurs le fassent, la santé publique et l'éducation devant cependant toujours rester sous le contrôle de l'État.

Bref, puisque le Nord québécois nous appartient, il faut nous le rendre accessible et faire en sorte que les occupants du Nord, si longtemps oubliés, aient eux-mêmes accès au Sud.

Et, du coup, tirer profit, comme collectivité, des ressources de ce vaste territoire. C'est la responsabilité de l'État, bien plus que des entreprises, de briser cet isolement.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer