Ironiquement, la ministre Diane Finley, responsable des Ressources humaines, a dit que le gouvernement veut, avec cette réforme, «aider» les gens à se trouver du travail. Mais les gens ont plutôt compris qu'il veut les «forcer» à se trouver du travail. Pire encore, il entend les obliger à accepter, peut-être pas n'importe quoi, mais ce qui ne convient pas à tout le monde en raison des aptitudes, de la formation et de la distance. Une politique assortie de délais, de prestations réduites et de salaires moindres.
Le néo-démocrate Yvon Godin, de l'Acadie-Bathurst, va encore déchirer sa chemise sur la place publique pour défendre ses concitoyens. Mais il aura de sérieux appuis, son parti formant l'opposition officielle et Thomas Mulcair étant coriace. Libéraux et bloquistes ne peuvent de leur côté endosser un projet aussi inhumain pour une main-d'oeuvre aux conditions de vie aussi fragiles que dans les Maritimes. Et les troupes du NPD de l'Ouest ne peuvent laisser tomber leurs concitoyens des Maritimes s'ils sont de réels néo-démocrates.
Seules les troupes de M. Harper peuvent, les yeux fermés et les oreilles bouchées, appuyer un projet comme celui-là. Cela sous prétexte, encore une fois, qu'ils détiennent un mandat fort. Un mandat qui ne repose que sur la volonté de 39 % de l'électorat. Et un projet qui, faut-il le souligner, n'a jamais été dévoilé en campagne électorale. Comme les modifications au régime de la Sécurité de la vieillesse. Il ne fallait pas courir le risque de perdre le pouvoir!
Cette réforme ne concerne d'ailleurs pas que les Maritimes. Elle touche pas mal de Québécois, dont les employés de la construction, des fermes maraîchères, des commerces et des entreprises de services. Parce que, durant les temps morts, si courts soient-ils, des ouvriers de la construction pourraient devoir accepter de travailler dans des champs ou ailleurs, d'autres accepter de fortes réductions de revenus après avoir versé des contributions leur assurant mieux qu'un minimum.
Les maraîchers devront-ils virer des étrangers fiables et efficaces pour embaucher des gens qui n'ont jamais voulu de leurs emplois? Comment obliger quelqu'un à aller travailler à distance s'il n'a pas de voiture ou à déménager pour un emploi à temps partiel? Et puis, comme le souligne une travailleuse des Maritimes, impossible d'aller dans un hôpital, ne serait-ce que pour y nettoyer les toilettes, quand il faut pour cela une 12e année ou l'équivalent.
Évidemment qu'il y a des travailleurs qui profitent du système, qui ne font pas les efforts qu'ils devraient et qui sont un peu trop difficiles. Comme il y a des patrons qui ne pensent qu'à payer le moins possible pour empocher le plus possible. Mais les chômeurs ne le sont pas tous par choix. Aussi, devrait-on s'abstenir d'écoeurer ceux qui veulent travailler, mais qui sont victimes du contexte économique ou qui dépendent d'industries saisonnières et, surtout, annoncer et consulter avant d'agir.
M. Harper obéit encore une fois à son aile droite avec ce camouflet servi aux travailleurs, dont ceux des Maritimes. Non seulement le premier ministre est-il mal conseillé, mais il devrait cesser de se promener et discourir à travers le monde pour faire son propre pays d'un bout à l'autre et en écouter le peuple. Parce que, ne lui en déplaise, celui-ci n'a rien d'un démocrate. C'est un dictateur. Ce qu'il prouve avec sa réforme de l'assurance-emploi, ce qu'on observe aussi avec sa volumineuse loi fourre-tout et sa propension à adopter des lois spéciales pour mettre fin aux grèves.