Ce qui fait problème avec cette loi, c'est son volet aux fortes dents qui vient encadrer pour 15 mois les droits d'association, d'expression et de manifestation. D'autres affirment plutôt que cette loi constitue une négation de droits fondamentaux et qu'il y a lieu de la contester, de déposer une procédure en nullité.
Il est vrai que les dents sont acérées. Parce que les étudiants, leurs enseignants, le personnel de soutien, les directions d'institutions, les associations, les syndicats et toute personne qui empêcheront l'accès aux institutions, intimideront, encourageront la désobéissance, créeront du désordre sur la place publique et défieront la police écoperont d'amendes salées et, dans le cas d'associations étudiantes et syndicats, de sévères représailles. Voilà qui est abusif aux yeux des uns, difficile d'application pour d'autres.
Reste qu'aucun droit n'est absolu. Les droits des uns s'arrêtent là où ceux des autres commencent. Quand il y a feu rouge, de rappeler une juge à la retraite, il faut s'arrêter... le temps que ça revienne au vert. Sinon, c'est la collision avec ce qui s'ensuit. Or, une partie du monde étudiant vient d'abuser des droits dont il prétend jouir, lesquels ne sont pas aussi évidents qu'il le croit. Ses consultations sont douteuses, l'intimidation se pratique à forte échelle, les droits de bien des étudiants sont bafoués, les automobilistes se font écoeurer, on se moque de la police et des tribunaux, etc. L'ouverture à la négociation n'existe qu'en paroles.
Dans ce contexte, comment se surprendre d'une loi aussi sévère? Une loi qui ne nie pas les droits d'association, d'expression et de manifestation, mais tend plutôt à les encadrer de façon à éviter les abus et dérapages, à assurer que les droits des uns ne soient pas bafoués au bénéfice de quelques groupes, que les automobilistes et autres citoyens n'aient pas à souffrir des sautes d'humeur des contestataires. Si le projet de loi adopté dérange tant, c'est qu'on a trop longtemps, au nom des droits et libertés justement, toléré les abus en propos et gestes de certains groupes. Et, un peu comme dans les gels, les correctifs sont durs à avaler.
La crise étudiante aurait-elle pris de telles proportions sans l'appui du PQ, qui vient ainsi de se lier les mains, de Québec solidaire, des centrales syndicales, d'autres groupes et de certains activistes? Belle question! Ça ne veut pas dire que l'équipe Charest a bien géré toute cette crise et que sa loi assurera à elle seule l'ordre et la paix sociale. Mais la responsabilité, dans ce conflit, n'est pas à sens unique. Elle en implique d'autres qui ont soutenu les étudiants, leur permettant ainsi de durcir le ton, d'entretenir des espoirs démesurés et d'affirmer que tout est de la faute du gouvernement.
Cette crise laissera des séquelles et les principaux acteurs devront bien un jour se parler. Entretemps, il faut en venir à un minimum d'ordre et de respect et appliquer les mesures qui s'imposent à cette fin. Des mesures qui dérangent les grands chantres des droits et libertés et ceux qui en abusent. Mais il est temps que tous comprennent qu'aucun des droits revendiqués n'est absolu et qu'il y a un prix à payer pour les excès commis.