Car s'il devait accepter un débordement de ces sujets, il lui faudrait aussi inviter à la table des négociations les autres parties concernées, soit, en plus des étudiants, les directions des collèges et des universités, les centrales syndicales, les représentants des entreprises et des organismes de philanthropie que les requérants voudraient faire payer davantage et, ultimement, consulter le peuple qui n'est pas, contrairement aux prétentions, en tout point et majoritairement derrière les étudiants alors que c'est pourtant lui, le peuple, qui paie l'essentiel de la facture.
Si les ministres Beauchamp et Bachand, tardivement faut-il le dire, entrouvrent la porte avec d'appréciables mesures quant aux prêts et bourses, question de dissiper l'inquiétude de certains parents et d'éviter qu'une session soit perdue, les étudiants n'y voient qu'un affaiblissement justifiant de poursuivre la lutte pour faire reculer le gouvernement. Et ils ont, avec eux, des groupes d'enseignants et d'artistes, des politiciens et des parents. Mais les étudiants ne sont pas tous sur la même longueur d'onde et tous prêts à perdre leur session alors qu'une bonne partie de la population (parents, travailleurs et entreprises) en a ras le bol de la contestation en cours.
L'accessibilité, pour les syndicats étudiants engagés dans la bataille, passe par le gel, la réduction et même l'abolition des droits de scolarité. Ils affirment que l'éducation n'est pas une marchandise, que la gratuité assure l'égalité des chances, qu'une hausse des droits exclurait bien des jeunes des études supérieures et que, malgré les prêts et bourses, tout ne se traduirait que par un endettement encore plus important. Bien sûr, identifient-ils des dérapages en gestion universitaire et ne sélectionnent-ils, dans leurs données et arguments, que ce qui fait leur affaire. Ils écartent du coup de larges pans de la réalité.
Ce qui est clair, dans cette attitude des contestataires à identifier avec discernement parce que les étudiants ne tiennent pas tous le même discours, c'est qu'ils ne veulent pas démordre de leur idée fixe du gel, de la réduction et même de l'abolition des droits de scolarités, qu'ils ne veulent pas investir eux-mêmes dans leur propre avenir alors qu'ils sont déjà privilégiés et le demeureront par rapport aux étudiants du reste du pays et de l'Amérique du Nord. On est ainsi encore une fois confronté au syndrome «pas dans ma cour», ce qui revient à exiger le ménage chez les autres sans faire le sien, à profiter de tout en refilant la facture aux autres.
Le gouvernement actuel et les précédents ne sont pas étrangers à cette situation. Pour de bonnes raisons à l'origine, mais depuis devenues électoralistes, ils ont refusé de hausser les droits de scolarité, comme ils l'ont aussi fait avec les tarifs d'électricité. À l'heure du rattrapage, si l'équipe Charest recule, par pur électoralisme encore, la crise ressurgira à brève échéance et ne sera que plus difficile à résorber. Elle serait peut-être moins sévère si le gouvernement avait compris plus tôt la nécessité d'améliorer le régime des prêts et bourses.
Les étudiants feraient bien de retourner à leurs cours et de profiter de l'ouverture perçue pour nouer un dialogue sur les mesures de soutien à l'éducation supérieure. Car le gel et l'abolition des droits de scolarité ne sont pas envisageables, un moratoire n'aurait pour effet que de reporter le problème et le gouvernement, condamné à l'avance aux yeux de tant de gens, n'a rien à gagner à reculer. Et, faut-il aussi le signaler, les étudiants ne se font pas que des amis avec les désagréments qu'ils imposent à tant de citoyens.
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