Les radars photo: à utiliser avec discernement

Valère Audy

L'efficacité des radars photo ne fait aucun doute. Fort des résultats obtenus avec son projet-pilote, le ministère des Transports va donc les inclure à la liste des équipements visant à améliorer la sécurité routière. Ce qui veut dire qu'il y en aura de plus en plus dans les villes et le long des routes. Le gouvernement, bien que prêt à en partager les revenus avec les municipalités, compte cependant garder un certain contrôle sur l'utilisation de ces appareils et en encadrer l'exploitation.

Si la décision est bien accueillie à maints endroits et plus particulièrement des organismes dédiés à la sécurité routière, elle l'est moins par le maire de Montréal qui, lui, en voudrait le contrôle total tant en ce qui concerne l'utilisation que les revenus. Bien sûr qu'on le comprend avec les importants problèmes de sécurité et de circulation que connaît sa ville. Mais le ministre se méfie à bon droit, les radars photo pouvant servir de vache à lait pour cette ville qui profite déjà de la taxe sur l'essence, d'un droit sur l'immatriculation et qui rêve aussi d'un péage à son bénéfice sur ses ponts.

Or le ministre veut justement éviter que les radars photo deviennent «des trappes à tickets», ce que craignent du reste de nombreux automobilistes. D'où sa volonté de les entourer de panneaux prévenant les conducteurs et de n'en autoriser l'installation qu'aux endroits où il se fait le plus de vitesse et où il se produit le plus d'accidents. Ainsi, compte-t-il échapper aux accusations d'exploitation. Là comme en environnement, l'acceptabilité sociale est en train de devenir une norme incontournable.

Reste que le ministre se fait un peu trop précautionneux et que le nouveau gadget à la disposition de son ministère et des municipalités le cas échéant risque de lui valoir bien des critiques. Prévenir fera ralentir, mais seulement là où il y aura panneaux. Et si les radars photo sont toujours au même endroit, plutôt que mobiles, les conducteurs s'y habitueront et ne lèveront le pied que pour le temps de passer devant. Vaudrait mieux qu'ils ne sachent pas où sont ces appareils. Ainsi, ils seraient constamment sur leurs gardes.

Et puis, comme un radar n'a pas de jugement, il peut être à l'origine de contraventions abusives (légers dépassements de vitesse) et même injustifiées. S'il est vrai que les policiers ont parfois des quotas à respecter, imaginez ce qu'on peut aussi faire avec des appareils en en interprétant plus ou moins largement images ou données. Avec un policier en chair et en os, il peut bien sûr aussi y avoir abus. Mais on peut en espérer un jugement, un discernement qu'on ne peut attendre d'un appareil. Aussi, les critiques viendront-elles et probablement en grand nombre.

Cela dit, on ne peut s'élever contre le recours aux radars photo aux endroits les plus dangereux. À cause des accidents qui font des morts et des blessés d'une part, mais aussi parce qu'il y en a qui ne savent pas se contrôler, qui roulent beaucoup trop vite. Et pourquoi n'irait-on pas, en filmant de façon continue à certains endroits, jusqu'à identifier ceux qui gaffent à répétition et ne pénaliser surtout que ceux-là? Parce que, à ces endroits comme aux plus dangereux, on ne peut affecter de policiers en permanence.

Bien sûr que si la société en avait les moyens, elle pourrait s'en tenir aux policiers. Mais, dans notre monde, avec tout ce que celui-ci connaît de violence physique et psychologique, d'enquêtes de sécurité à mener, de prévention à assurer, de crimes passionnels, crapuleux, économiques et autres à élucider, il est plus logique de recourir à la technologie disponible pour surveiller la vitesse et les intersections les plus dangereuses et d'affecter alors les policiers aux dossiers plus complexes et exigeants. Bref, il faut mettre les bonnes ressources aux bons endroits et, redisons-le, utiliser les radars photo avec discernement.

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