Quand les fils se touchent

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

Bon. Il y a parfois de ces nouvelles qui vous frappent en plein visage, sans que vous n'ayez vu venir le coup.

Lundi matin, pas du tout préparée à ça, j'ai découvert que si mon rêve ultime avait été de devenir pilote de chasse pour l'armée américaine (mettons que j'aurais été États-Unienne. Des détails), eh bien, je n'aurais pas eu d'autre choix que de me trouver un plan B. Tout ça à cause d'une anomalie génétique congénitale transmise par mon père. Une autre belle affaire. Avoir hérité de son merveilleux caractère et de son sens du rythme, ce n'était pas assez ?

Depuis toujours, quand je viens pour éternuer, mais que l'expulsion tarde à se manifester, mon père m'invite à... regarder le soleil ! 

Et, chaque fois, ça fonctionne.

Comme lui, j'ai le réflexe photo-sternutatoire, ou ACHOO (Autosomal Dominant Compelling Helio-Ophthalmic Outburst). Un phénomène qui touche une personne sur quatre et qui explique pourquoi, quand je suggérais à des amies de faire de même, ça ne fonctionnait pas toujours et ça me valait de drôles de regards...

Curieusement, cette particularité génétique est connue depuis l'Antiquité. Aristote lui-même avait émis une hypothèse sur le sujet : il pensait que le soleil, qui réchauffait le nez, provoquait les éternuements. (Une hypothèse n'a pas toujours besoin d'être compliquée.)

Mais les recherches ont démontré que le nez n'avait rien à voir avec ce réflexe ! Tout part des yeux, en fait.

Les nerfs optiques, qui transmettent les signaux visuels de la rétine jusqu'au cerveau, sont collés à un autre nerf crânien : le nerf trijumeau. Celui-ci innerve tout le visage et joue un rôle clé dans le déclenchement des éternuements.

Les neurologues pensent donc qu'un éternuement déclenché par la lumière serait lié à une sorte de court-circuit. Le nerf optique, surstimulé par une abondance soudaine de lumière, interférait avec le nerf trijumeau, déclenchant le réflexe d'éternuement.

C'est comme si deux fils électriques se touchaient : BOUM !

Le phénomène peut, par exemple, se produire à la sortie d'un tunnel.

Ce qu'il faut, c'est un changement brusque de luminosité. D'où l'impossibilité pour un pilote du US Air Force d'être affecté par ce réflexe. 

Et il n'y a pas que le soleil qui fait effet. Les néons du bureau ou les ampoules incandescentes, DEL ou halogènes que l'on croise ici et là font la job.

Comme mes parents ont toujours été équitables entre ma soeur et moi, elle aussi s'aide souvent à éternuer en fixant les encastrés de sa cuisine ou le luminaire suspendu dans sa chambre à coucher. 

« On est vraiment particuliers ! », qu'elle m'a lancé en riant, quand je lui ai annoncé de quoi nous étions tous « atteints ».

Une caractéristique que j'ai moi-même léguée à mes filles.

Quand les gens disent qu'elles ont les yeux de leur père, je ris dans ma barbe en me disant: «Et pourtant!»

Regardez-les éternuer pour voir.

La ressemblance avec moi est décoiffante.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer