Couper dans le drap

Isabelle Gaboriault...

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Isabelle Gaboriault

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Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

Vous, faites-vous votre lit tous les matins ? Au risque de changer à jamais la perception que vous avez de moi (Reine incontestée du rangement, Madame Blancheville, l'antipode du syndrome de Diogène (mon trouble se situe plutôt à l'autre bout du spectre) moi, non.

Dans une vie, une personne peut consacrer jusqu'à 46 800 heures, c'est-à-dire 1950 jours, donc un peu plus de cinq ans aux travaux ménagers. J'adore faire le ménage, mais vu sous cet angle, je trouve le constat déstabilisant.

Ne me dites pas combien de temps on perd au terme de notre existence à faire la file à l'épicerie ou assis carré à lire des revues expirées dans une salle d'attente de clinique médicale, je pense ne pas pouvoir encaisser le coup.

Histoire de gagner quelques minutes chaque jour, j'ai donc décidé de couper dans le drap.

De toute façon, je vais dire comme l'autre : pourquoi faire son lit tous les matins si c'est pour le défaire tous les soirs ? Une question qui hante normalement ceux qui détestent les tâches domestiques. 

Je suis l'exception à la règle. Un joyeux paradoxe.

Le plus drôle, c'est que ni moi ni ceux qui plient leurs draps à la militaire ne semblons avoir le bon comportement. 

Il existe autant de raisons de faire son lit tous les matins que de ne pas le faire. C'est comme les études sur la consommation de brocoli. Après celle qui vous présente ce crucifère comme un superaliment, une deuxième vient vite vous mettre en garde contre ce « légume toxique ». On vient qu'on s'y perd.

Les raisons qui motivent les gens à faire leur lit chaque matin sont d'ordre hygiénique, esthétique, pratique, voire... ésotérique. « Cela marque le début et la fin de la journée », que j'ai lu quelque part. OK. 

« C'est le sas de transition entre l'éveil et le sommeil ». Belle image. 

Personnellement, je trouve que le lever et le coucher du soleil font le travail à ce niveau. Mon précieux temps du matin, je préfère l'investir à me demander ce que je vais porter.

Faire son lit le matin permettrait d'éviter, au cours de la journée, de se prendre les orteils dans un drap qui dépasse ou de se les cogner sur une patte de lit trop bien dissimulée. (Ça, ils sont allés le chercher loin !)

Devant toutes ces bonnes raisons, pourquoi je m'entête toujours à ne pas le faire ?

C'est de la paresse. Tout simplement. Pas de temps à perdre avec ça, sauf si je sais que la visite s'en vient. Et même à ça. 

Qui prend l'apéro dans sa chambre à coucher ? En l'imiter l'accès en fermant la porte peut aussi être drôlement efficace. 

Vous l'essayerez.

Inutile de vous dire que je me suis félicitée devant les résultats d'une étude de l'université de Kingston, en Angleterre, prouvant que le fait de faire son lit le matin offre un terrain de jeu exceptionnel aux acariens.

Les petites bêtes sont attirées par la chaleur des draps et de la couette. Au plus fort de la fête, elles peuvent être jusqu'à 1,5 million dans un seul matelas ! 

Une telle colonie peut facilement déclencher des syndromes d'allergies divers chez un dormeur.

Les scientifiques proposent donc une solution efficace : faire son lit... le soir ! Ma routine.

Pendant la journée, mes draps, alors exposés à l'air et à la lumière, « respirent » et attirent moins les bibittes.

J'ai avoué ne pas faire mon lit le matin, mais jamais je n'ai dit ne pas le faire ! Nuance.

Pas question que je me couche dans un lit aux allures de champ de bataille. Il n'y a rien de plus agréable que de se glisser dans une literie bien alignée. Brasser les draps et taper dans mes oreillers (un pour la tête et un entre les jambes), permet d'en changer l'énergie. 

On ne se couche pas dans l'énergie usée de la veille. 

Pensez juste aux personnes malades et alitées. Une simple taie en coton d'où émane un doux parfum de Tide a le pouvoir de leur ramener le sourire. C'est puissant.

Autres règles liées à mon lit : ne jamais y manger et ne jamais m'y glisser les pieds sales. Les cheveux mouillés, ça passe, mais les orteils noirs, non.

Parfois, je pousse même l'audace à me parfumer avant de me coucher ! Qui sait, peut-être que l'odeur d'agrumes, de pivoine, de fleur d'osmanthe et bois de santal éloigne (aussi) les acariens ?

Je plaide la paresse, mais une autre raison explique ma procrastination : quand je me lève, mon chum dort encore !

Et un lit plein de bosses, c'est loin d'être feng shui.




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