Ça suffit l'hémorragie!

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Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

Un combat presque sanglant a eu lieu devant mon écran lundi après-midi. Là, sur les touches noires de mon clavier, mon désir de faire rire en abordant un sujet léger, une tranche de vie rigolote, a rivalisé fort avec le thème qui m'habitait réellement depuis le matin. 

- C'est que ce n'est pas jojo mon affaire, que j'ai avoué à Anne qui entrait alors faire son quart de travail vers 16 h. J'ai le goût de dire aux gens de se retenir de mourir pour un petit temps.

- Empêche-toi pas d'écrire sur le sujet si c'est ce que tu sens,

m'a-t-elle dit avec sagesse. En parlant de la mort, c'est clair que tu vas rejoindre plein de monde.

C'est que depuis le début de l'année, voire la fin de 2016, on dirait que les gens tombent comme des mouches autour de moi. On n'a pas le temps de se remettre du départ d'un, que tout de suite un autre nous quitte. 

Autant de chocs en si peu de temps, ça use.

En décembre, j'ai perdu une de mes tantes. La plus vieille des soeurs à mon père. Elle avait 83 ans. Avez-vous remarqué que quand une personne de plus de 80 ans meurt, on a tendance à se dire qu'elle a « quand même » eu la chance de mener une belle vie. Ok. Mais elle aurait pu vivre une aussi belle vie jusqu'à 97 ou 102 ans ! C'est quoi cette façon de voir les choses ? Comme si à 83 ans, c'était correct de mourir ! Moi, je vivrais jusqu'à 174 ans que ça ne serait pas assez long. 

On va être morts assez longtemps merci, que je considère qu'on mérite de vivre la vie la plus longue possible. Point à la ligne.

Oui, j'ai peur de la mort. Chaque fois que quelqu'un part, peu importe son âge, je me mets à me questionner sur ma propre mort et celle de mes proches. Sur le fait qu'on vieillit tous. Sur la triste réalité que personne n'est à l'abri de la maladie. 

Là, je suis là-dedans. C'est ce qui m'habite. 

Comment alors écrire sur ma sortie au spa ou mes prouesses au

dek hockey ? Impossible.

En février, encore du côté des Gaboriault, j'ai perdu une cousine. Un choc immense.

Véronique avait mon âge. Comme moi, elle avait deux enfants qu'elle adorait. Elle aimait lire, courir et arpenter les promenades St-Bruno à la recherche d'aubaines, un thé de David à la main. Un matin, Bang !, elle a succombé à une dysplasie ventriculaire droite arythmogène. Une maladie au nom difficile à retenir que toute la famille a découvert après son départ.

Personne ne l'a vu venir. Elle avait seulement 41 ans.

Faites le calcul comme vous voulez, ça, ça veut dire que ma tante, sa mère, en l'espace de deux mois à peine, a perdu une soeur et sa fille. 

C'est beaucoup pour une seule et même personne. 

Depuis le 23 février, je pense à Véro quotidiennement. À ses parents, à son frère, à son conjoint. À ses enfants. À ses amis. Ses collègues. Aux Leblanc. Aux Gagnon. Aux Gabo. Peut-on se remettre d'une telle perte un jour?

La semaine dernière, un ancien collègue a passé l'arme à gauche. Richard, qui à l'époque faisait ses entrevues calé dans sa chaise, les pieds croisés sur son bureau, savait qu'il allait mourir. Il a fait face à ce moment avec une grande sérénité.

Richard était en paix avec l'inévitable.

Des fois je me dis qu'on devrait nous préparer dès l'enfance à cette étape de notre vie. Non, mais qu'est-ce qui, de la vie, est le plus inévitable et irréversible que la mort ? 

Samedi, c'est la mère d'une bonne amie qui est morte. Ce n'était pourtant pas le plan. Elle devait seulement subir une chirurgie cardiaque. Aujourd'hui, ce sont tous ceux qui l'aimaient qui ont le coeur brisé.

Depuis quand les gens entrent au ciel comme dans le métro de Tokyo ?

Vu d'ici, ce n'est vraiment pas une nécessité.




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