L'homme de fer

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Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

Avez-vous déjà remarqué que jamais un Antoine, un Sébastien ou un Tristan n'a son prénom de collé à côté de « Récupérateur de métaux » sur une carte d'affaires ?

Normalement, ce sont des Jacques, des Denis ou des Gérard qui font ce sale boulot.

Dernièrement, c'est un Marcel qui est venu nous prêter main-forte - et le mot est faible - pour sortir notre vieux réservoir d'huile à chauffage de notre cave à laquelle on a décidé de donner un peu d'amour. L'aventure, car ça en est toute une, nous a permis de constater que notre maison avait été construite autour de ce chaleureux monstre rouge. Impossible de l'extirper de sa position sans le scier en deux dans le sens de la longueur ! Jamais un cadre de porte n'était assez grand et gros pour le laisser passer. Et que dire de la cage d'escalier ! Il a fallu s'en débarrasser en pièces détachées. Le fait est aussi que ça pèse une tonne cet engin-là.

Mais avant de l'envoyer à la ferraille, il fallait vider ce qui restait d'huile. La belle affaire.

Pas facile de savoir le nombre de litres que peut contenir un fond de réservoir - gros comme un bébé éléphant - inactif depuis trois ans... 

Et pour ajouter au plaisir, car chaque vieille maison réserve à ses propriétaires son lot de surprises, l'accès au robinet de décharge était, disons, limité. Seul le cul de poule dans lequel je prépare avec amour ma fameuse salade de quinoa-avocat-feta entrait dans l'espace disponible. Vous dire le nombre de transvasements qu'on a fait mon chum, Marcel et moi ! À un moment donné, j'ai cru que du diesel, j'en pomperais pour le reste de ma vie. C'est clair que les vapeurs de combustible que j'inhalais depuis deux heures n'aidaient pas à mon délire... 

Accroupie à gérer mon huile rouge, les genoux et le dos en compote, j'aiguisais ma patience. Finalement, il restait 120 livres de mazout dans notre mammouth. Une récolte qui laissait flotter dans notre maison de doux effluves de mécanique automobile.

Mais que faire de tout ce fuel 

Marcel, lui, il prend le métal, le cuivre, l'acier, l'aluminium, le laiton, etc. Le liquide, ce n'est pas son département. 

- T'as pas ça un tracteur, Marcel ? , que j'ai tenté pour me débarrasser de cette huile de malheur au plus sacrant.

Son regard et son sourire en coin m'ont confirmé que non. C'est un homme de peu de mots ce Marcel. Un silencieux patient, travaillant et efficace. Une espèce de bizouneux rares qui nous a été référée par son chum Denis, trouvé dans les petites annonces de La Voix de l'Est, bien sûr.

J'ai eu le temps de réfléchir pendant que ma tank se vidait. 

Des gens comme lui, il en faut. Des ramasseux. Des patenteux. Des recycleurs.

Mais ont-ils une relève ?

Marcel est le troisième récupérateur de métaux que nous avons joint ce jour-là. Les autres se disaient trop vieux pour faire ce boulot. 

Et pour cause. C'est long, c'est salissant, souvent ça pu et c'est lourd. Je n'y vois aucun point positif à part rencontrer ceux et celles qui veulent se délester de gros encombrants métalliques. 

Et est-ce vraiment payant ? Faut en charrier en chien du métal pour penser en tirer un bon montant. Avec notre réservoir, Marcel a peut-être empoché 7,50 $. Nous avons payé son temps, mais au total, c'est bien peu pour le trouble que ça demande. 

Va-t-il y en avoir des petits Mathis, des Nathan ou des Olivier dans 20, 30 ans prêts à déployer de l'huile de coude comme mon Marcel ?

On dirait que les ferrailleux sont en voie d'extinction, mais j'ose espérer que oui.




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