«Ah, c'qu'on est bien quand on est dans son bain!»

Ce qui me sidère le plus, c'est que... (Archives, La Presse)

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Ce qui me sidère le plus, c'est que François Paradis de la CAQ ose réclamer une enquête sur la pratique des bains au noir. «Bain» voyons donc, c'est quoi le problème?

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La Voix de l'Est

Fredonnions-nous avec Patrick Zabé, dans les années 70. À cette époque, tout le monde pouvait pousser la chansonnette. La qualité de la voix n'avait aucune importance. Il suffisait de quelques mots qui voulaient tout dire, beaucoup de rythme et surtout de la joie au coeur. Comment pouvions-nous imaginer que presque 50 ans plus tard, plusieurs d'entre nous, survivant à l'outrage du temps, rêveraient de la chantonner au présent plutôt qu'au passé?

Lorsque je faisais mon cours classique, on s'amusait à faire des versions originales de certains textes latins genre: «Sicut in caelo et in terra.» Notre traduction sonore: «Si tu t'salis salaud, tu t'nettoieras!» En pleine adolescence, on trouvait ça comique, mais on rit jaune aujourd'hui! Notre ritournelle sans queue ni tête devient un rêve presque inaccessible dès qu'on a le malheur de se retrouver parqué dans un CHSLD.

Imaginez, il faut débourser 1600 $ et plus par mois pour avoir droit à un lit simple dans une chambre partagée avec n'importe qui et bénéficier des soins de base minimum. Si vous en voulez davantage, eh bien, gardez vos goussets grands ouverts à condition toutefois que les services soient disponibles et permis.

Pauvres de nous! Qu'avons-nous donc fait pour mériter un tel sort? Notre très brillant Dr Barrette a promis de se pressurer le cerveau jusqu'à l'automne afin de trouver une solution acceptable de deux bains par semaine. Que de temps perdu à cogiter, docteur, alors que la solution vous pendouille au bout du nez. Considérant que l'été s'annonce pour être très chaud, imaginez-vous à la place de ces pauvres gens et laissez-leur la liberté de se rafraîchir aussi souvent qu'ils le peuvent.

Ce qui me sidère le plus, c'est que François Paradis de la CAQ ose réclamer une enquête sur la pratique des bains au noir. «Bain» voyons donc, c'est quoi le problème? Si j'étais en perte d'autonomie et résidente d'un CHSLD (Dieu m'en préserve) et que je voulais me prélasser dans une vraie baignoire, je choisirais de me faire aider par quelqu'un de familier, une personne en qui j'aurais pleinement confiance, qui aurait toutes les compétences et les autorisations pour le faire. Je serais même prête à payer le gros prix et avec gratitude en plus. L'argent qu'il me resterait après que l'État se soit servi, je choisirais d'en faire profiter mes vieux os et mon bien-être, si toutefois j'en avais la liberté.

Alors qu'on oblige les infirmières à travailler des heures supplémentaires souvent contre leur gré, on défend à des préposés des CHSLD de le faire avec plaisir sans qu'il en coûte un centime à notre grippe-sou de gouvernement. Pire, on cherche à pénaliser ces volontaires sous prétexte que c'est du travail au noir, c'est-à-dire pas déclaré! Qu'y a-t-il de mal à vouloir se laver ou à arrondir les fins de mois? Plus mesquin que ça...

Tant que je serai lucide, jamais je n'accepterai de me faire torcher par un quidam ou quelqu'un de ma famille. Plutôt de vivre dans la merde et de mourir le feu au cul, je décompterai mon temps. Je choisirai de quitter ce bas monde au plus sacrant maintenant qu'il est légalement possible de le faire dès que la vie nous fait trop mal. De plus, en optant pour l'aquamation, je pourrais m'offrir le luxe d'un dernier bain et disposer de mes os proprement sans que le système s'y oppose. C'est la grâce que je me souhaite...

 

Céline Massé

Granby

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