Vie et souffrance : beaucoup de questions

Dans sa lettre parue le 12 mai, M. Claude Lamoureux, curé de l'une des deux... (123RF)

Agrandir

123RF

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
La Voix de l'Est

Dans sa lettre parue le 12 mai, M. Claude Lamoureux, curé de l'une des deux paroisses catholiques de Granby traite spécialement du caractère précieux de la vie humaine selon la vision de l'Église catholique. J'ai lu avec beaucoup d'intérêt ses commentaires tout en me demandant si cette lettre ne s'adressait pas uniquement au 5% des catholiques croyants et pratiquants de Granby.

M. Lamoureux rappelle que les évêques approuvent les «processus naturels» que la société civile et laïque accepte et applique depuis longtemps: refuser l'acharnement thérapeutique; recourir aux soins palliatifs afin d'apporter un réconfort psychologique et de supprimer les douleurs des grands malades; donner des médicaments extrêmement forts ayant pour but de supprimer une douleur inhumaine même si cela conduisait plus rapidement à la mort.

Comme il en fait mention au début de sa lettre, la vie est un bien très précieux et tout le monde en convient: la naissance ou la mort d'un être vivant sont dans les deux cas des moments de grandes émotions partout sur la terre et depuis la nuit des temps. Puis, fidèle à son idée, il se permet de faire une distinction très sibylline entre «vivre dans la dignité et mourir dans la dignité». Les propos de M. Lamoureux ouvrent la porte au questionnement: vivre dans des souffrances intolérables ou vivre dans un état végétatif fait-il partie de la dignité de la vie? La mort ne fait-elle pas partie intégrante de la vie? Mourir dans la dignité n'est-ce pas une façon de vivre sa vie jusqu'au bout dans la dignité? L'aide médicale à mourir n'est-elle pas l'aide ultime à vivre (Hans Küng)? Quelle réponse donner à la question: qu'est-ce que vivre?

Il est triste de constater l'obscur discours des hommes d'Église concernant le libre arbitre. M. Lamoureux parle de la primauté de la liberté humaine respectée apparemment par Dieu et l'Église, mais, dans les faits, les évêques rappellent que, dans le «catéchisme de l'Église catholique» l'action qui donne la mort afin de supprimer la douleur constitue un meurtre et que ce geste est gravement contraire à la dignité de la personne et au respect du Dieu vivant, son créateur. Dans ces textes, on retrouve les mots «liberté, dignité et meurtre». Le problème du catéchisme, c'est de nier froidement le lien entre la vie et la souffrance. Sur quoi se basent les évêques pour affirmer de façon aussi péremptoire que la vie a une «valeur inaliénable» au point de refuser à une personne le droit de choisir librement de mettre un point final à son état de souffrances inhumaines par un acte médical autorisé légalement entraînant son décès? Cette option n'est-elle pas présente dans le domaine couvert par la dignité de la personne et la liberté humaine? Voilà la vraie question. Et si la personne humaine «est responsable de sa vie», cela n'inclut-il pas toutes les étapes de la vie du début à la fin ou bien ces propos sont-ils tout simplement une coquille vide? Les décisions reliées à ces étapes de vie relèvent-elles de la volonté divine ou sont-elles du ressort des personnes?

S'ils donnent à la vie une «valeur inaliénable», logiquement, cette valeur inaliénable fait-elle encore partie du domaine du libre arbitre et la primauté de la liberté humaine face à laquelle, apparemment, ni Dieu ni l'Église ne s'opposent n'est-elle pas fortement ébranlée? Car ici, ne l'oublions pas, on parle de meurtre. L'exclusion de la communauté et la condamnation éternelle ne sont pas loin. Où se trouve la liberté?

Mais aujourd'hui, l'évolution de la pensée moderne reconnaît la pleine et entière autonomie de la personne humaine. C'est pourquoi la société civile et laïque (dans laquelle, heureusement, nous vivons) place la liberté humaine au coeur de tous les débats de société. De nombreuses balises éthiques inscrites dans les chartes des droits humains nationales et internationales guident les gouvernements et les tribunaux dans des questions aussi sérieuses que l'avortement et l'euthanasie afin de donner au libre arbitre toute la place requise. Rappelons que cette réflexion éthique est rationnelle et qu'elle tient compte des notions de liberté, de sécurité, d'intégrité, de dignité, de droit à la vie, d'égalité et d'autonomie.

Parce que nos sociétés sont de plus en plus sécularisée et pluralistes, elles se détachent des influences théocratiques; elles permettent à l'humanité de vivre sa pleine autonomie. Et contrairement à la pensée unique, contrôlée et statique présente dans les groupes religieux, les générations actuelles auront le loisir d'exploiter pleinement la liberté de réfléchir rationnellement, de s'exprimer ouvertement, de douter, de questionner, de diverger, d'explorer, de rejeter, d'affirmer, de nier, de consulter un large éventail d'opinions et d'entrer en dialogue avec les autres. C'est l'objectif du cours d'éthique et culture religieuse et c'est le processus suivi par la loi concernant les soins de fin de vie. Il est triste que ce processus démocratique soit si peu présent dans les us et coutumes de l'Église catholique.

En même temps et grâce aux gouvernements laïques, la liberté de religion sera absolument protégée et fera en sorte que des hommes et des femmes adultes et lucides (deux piliers de la liberté) pourront continuer à s'engager dans des communautés confessionnelles. Parce que les croyants sont convaincus que leurs normes morales (légalement acceptables) sont révélées par un être suprême, tout-puissant, surnaturel, transcendant et grandement contrôlant appelé Dieu créateur, ils acceptent de plein gré de s'y soumettre.

Comme tout groupe, ces communautés de croyants pourront faire valoir leur point de vue, mais, elles ne pourront l'imposer ni aux gouvernements démocratiques, ni aux gens qui ne sont pas membres de leur groupe. La réalité sociale évolue comme toutes les connaissances scientifiques, médicales et cosmologiques de telle sorte que le discours patriarcal et paternaliste des tenants de la vérité unique révélée perd du terrain (depuis Galilée et Darwin) au profit de la réflexion rationnelle et scientifique de l'humanité et c'est très bien.

 

André Beauregard

Shefford

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer