Salaire minimum à 15$: mythes et réalités

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Si tous s'entendront pour dire qu'il faut lutter contre la pauvreté, une augmentation de près de 40 % du salaire minimum en très peu de temps n'est peut-être pas la solution optimale à la fois pour les travailleurs et les employeurs.

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La Voix de l'Est

Alors que des voix plaident en faveur d'une augmentation du salaire minimum à 15$/heure, il importe de bien situer cette idée dans la réalité économique du Québec pour en saisir pleinement les effets. Si tous s'entendront pour dire qu'il faut lutter contre la pauvreté, une augmentation de près de 40 % du salaire minimum en très peu de temps n'est peut-être pas la solution optimale à la fois pour les travailleurs et les employeurs.

Dans une économie, comme celle du Québec, où le chiffre d'affaires médian des entreprises est d'environ 450 000$ par année et où près de 75 % comptent moins de 10 employés, une augmentation aussi importante et rapide du salaire minimum ne serait pas sans conséquence.

D'abord, une telle augmentation pourrait s'avérer dommageable pour l'économie et l'emploi, créant notamment une forte pression sur les coûts de main-d'oeuvre dans les petites entreprises. En effet, en devant augmenter de près 40 % le salaire de leurs employés moins expérimentés, il va de soi que les propriétaires d'entreprise auront de la pression pour accorder le même traitement à leurs employés cumulant davantage d'ancienneté et d'expérience. Or, dans la réalité, la majorité des petites entreprises ne pourraient pas absorber sans conséquence de telles hausses de leurs coûts d'opération. Avec une marge de profit d'à peine 3 % par exemple, le propriétaire d'une auberge en région, du resto du coin ou d'une petite boulangerie devrait soit couper des heures de travail, voire des emplois, ou encore augmenter ses prix de façon significative pour assurer la survie de son entreprise. Le hic, c'est que dans notre économie, il y a des limites aux hausses de prix que peuvent assumer tant les consommateurs que les petites entreprises qui doivent demeurer compétitives.

Il faut aussi préciser qu'en 2016, le salaire moyen des travailleurs dans les PME du Québec est de 19$/heure, soit bien au-dessus du salaire minimum. La main-d'oeuvre est en effet très précieuse pour les petites entreprises dont le succès repose beaucoup sur l'expertise et les compétences de leurs travailleurs. Pas étonnant donc que la première chose que 55 % des propriétaires de PME feraient si on baissait leurs taxes et leurs impôts serait d'augmenter le salaire de leurs employés. Malheureusement, s'ils ne le font pas, c'est qu'ils n'en ont tout simplement pas les moyens et les forcer à augmenter de manière aussi importante le salaire de leurs employés moins expérimentés serait périlleux.

D'ailleurs, nous ne sommes pas seuls à le dire. Cela fait des années que plusieurs économistes réputés rapportent dans des études les effets négatifs que peuvent avoir des hausses marquées et rapides du salaire minimum sur l'emploi et le décrochage scolaire, par exemple.

C'est pour éviter ces effets pervers sur l'économie que la FCEI propose une autre alternative pour soutenir les personnes à faible revenu, soit celle de hausser l'exemption personnelle de base pour ces travailleurs qui sont sur le marché du travail à temps plein. Cette solution, qui consiste à augmenter la tranche de salaire sur laquelle un travailleur ne paie pas d'impôt, serait gagnante pour tous.

Pour les travailleurs à faible revenu, elle leur garantit davantage d'argent dans leurs poches. En effet, il faut rappeler que lorsqu'on augmente le salaire minimum, une personne qui travaille à temps plein ne verra pas la couleur d'environ le tiers de cette augmentation, qui retournera dans les coffres de l'État via les impôts qu'elle devra payer et ses cotisations aux différents régimes sociaux (RQAP, RRQ, etc.). En augmentant l'exemption personnelle de base, c'est une proportion beaucoup plus importante de cette augmentation qui revient dans les poches des travailleurs.

Pour les employeurs, cette solution est également gagnante parce qu'elle leur permet de conserver la marge de manoeuvre dont ils ont besoin pour augmenter le salaire de leurs employés plus expérimentés, et ce, au mérite, tout en leur permettant de garder des prix compétitifs.

Finalement, cette solution est aussi gagnante pour la société, car elle permet de maintenir la création d'emplois, de stimuler l'économie dans toutes les régions du Québec, de mieux soutenir les personnes à faible revenu et surtout, surtout, de préserver la viabilité de nos petites entreprises qui, comme nous le savons, assurent le dynamisme de nos collectivités.

 

Martine Hébert

Vice-présidente principale et porte-parole nationale de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) 

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