Aider mieux les groupes communautaires

ÉDITORIAL / Il n'y a pas que les personnes démunies qui s'appauvrissent : les... (Archives, La Presse)

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<p>Denis Dufresne</p>
Denis Dufresne
La Tribune

(SHERBROOKE) ÉDITORIAL / Il n'y a pas que les personnes démunies qui s'appauvrissent : les organismes qui leur viennent en aide sont eux aussi aux prises avec des hausses de tarifs de toutes sortes et un financement gouvernemental qui ne suit pas l'augmentation du coût de la vie ou, pire, qui est gelé depuis années.

Résultat : leurs moyens d'action sont réduits, et ils peinent à accomplir pleinement leur mandat, qu'il s'agisse de défendre les droits sociaux ou de venir en aide directement aux plus mal pris.

Le sous-financement des organismes communautaires est un secret de polichinelle et remonte à plusieurs années, ce qui oblige plusieurs d'entre eux à procéder à des mises à pied temporaires ou définitives, voire à rogner dans les services qu'ils offrent.

Ils se réjouissent certes du renouvellement l'automne dernier de l'entente de 63,9 millions $ sur trois ans avec le ministère de l'Emploi et de la Solidarité sociale, mais soutiennent que cela est insuffisant.

Cette situation touche particulièrement les groupes voués à la défense des droits sociaux.

« Les loyers augmentent, les tarifs augmentent et les besoins aussi, cela a un impact sur les citoyens c'est sûr, alors qu'ironiquement le gouvernement délègue de plus en plus de responsabilités aux organismes », livre Line Marcoux, coordonnatrice de la Table d'action contre l'appauvrissement (TACA) de l'Estrie, dont le financement est pratiquement gelé depuis 2002-2003.

La TACA regroupe une trentaine d'organismes de défense des droits sociaux (Illusion emploi, Action handicap Estrie, Association des locataires, notamment) ou qui offrent des services à la population (Chaudronnée de l'Estrie, Grande Table, Moisson Estrie, notamment).

Elle a une mission à la fois sociale et politique, celle de donner une voix aux différents organismes qu'elle représente, en plus de défendre des dossiers en lien avec la pauvreté, tels l'amélioration des prestations d'aide sociale et le financement du logement social ou encore de présenter des mémoires et d'organiser des manifestations.

D'autres, comme la Chaudronnée de l'Estrie, reçoivent une partie de leur financement du ministère de la Santé et des Services sociaux pour remplir leur mission de base et ont aussi recours à l'autofinancement, mais les indexations du gouvernement ne suivent pas la courbe de l'inflation.

« On s'appauvrit d'année en année comme les personnes que nous voulons aider parce que les indexations sont inférieures au taux d'inflation », dit Carole Drolet, adjointe à la coordonnatrice de cet organisme qui sert des déjeuners et dîners aux plus démunis.

L'an dernier, la Chaudronnée avait dû abandonner un projet-pilote destiné à offrir des repas durant les week-ends en raison de l'incertitude sur son financement.

Illusion Emploi, qui vient en aide aux chômeurs, tire le diable par la queue depuis des années avec un financement de 42 000 $ du Secrétariat à l'action communautaire autonome et aux initiatives locales pour payer le personnel, le loyer, le téléphone et internet.

Résultat, le personnel doit dire adieu à la formation sur les lois du travail, le harcèlement, les hausses du salaire minimum, etc., sans compter que la responsable se met elle-même à pied une partie de l'année!

Cette situation, tout comme celle que vivent plusieurs organismes communautaires, est d'autant plus inacceptable que la pauvreté gagne du terrain en Estrie comme ailleurs au Canada.

Selon l'organisme Banques alimentaires Canada, par exemple, plus de 850 000 personnes, dont 300 000 enfants, ont eu recours aux banques alimentaires au pays en 2015, alors que ces organismes souffrent de sous-financement et sont confrontés à la hausse importante des coûts des aliments.

Décidément, le gouvernement du Québec joue un drôle de jeu : il délègue indirectement de plus en plus de responsabilités au milieu communautaire tout en le maintenant dans la précarité, pour ne pas dire qu'il l'éteint à petit feu ou cherche à le faire taire.

La Loi visant à lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale, adoptée en 2002, veut-elle encore dire quelque chose?

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