Aide en fin de quelle vie?

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Aujourd'hui, une médecine ultraperformante est capable de soutenir la vie naturelle (noble mission). Elle peut aider à une mort presque sans souffrances (noble mission). Mais elle est aussi capable d'ajouter une période de prolongation à une vie moribonde (maladie grave) ou sans dignité (démence), vie qui serait déjà «finie» depuis longtemps.

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La Voix de l'Est

RESPECT. La personne humaine a une valeur infinie. Elle doit être inconditionnellement protégée. Sa vie respectée. On est d'accord. UNE chose a changé cependant. Et cette seule chose demande de réfléchir, mettre sur PAUSE la réponse traditionnelle apportée par la morale, les lois, et la religion. Et quelle est cette CHOSE? Réponse: la science médicale.

ADDITION. Aujourd'hui, une médecine ultraperformante est capable de soutenir la vie naturelle (noble mission). Elle peut aider à une mort presque sans souffrances (noble mission). Mais elle est aussi capable d'ajouter une période de prolongation à une vie moribonde (maladie grave) ou sans dignité (démence), vie qui serait déjà «finie» depuis longtemps. Ici, mission discutable. À la vie reçue (les chrétiens, dont je suis, ajoutent «... de Dieu»), la technologie humaine ajoute maintenant une sorte de période de prolongation médicale contrôlée par des pilules et de l'équipement.

QUESTIONS. Aujourd'hui, la question de «fin de vie» est devenue: le respect de la fin de quelle vie? La reçue ou l'ajoutée? Et derrière surgit l'autre question: au-delà de la vie végétative (respirer et être nourri), respecter quoi? La prolongation commence à quel moment? Qui doit décider de quoi dans cette prolongation: la personne humaine concernée (maintenant réduite au rôle de «patient» sous le contrôle de la science médicale)? Le médecin? Un psychiatre? Le Code criminel? Dernière question: À partir de quelles considérations devrions-nous repenser le sens même de la question du «respect de la vie»?

PIÈGE. Cette réflexion n'épargne pas non plus les chefs religieux, dans la mesure où ils souhaitent demeurer (devenir?) pertinents. Ils sont confrontés eux aussi par ces questions nouvelles pour notre société. Tout expliquer ici à partir de la «loi naturelle» serait un piège. Dans une société technologique, on ne peut pas affirmer «si Dieu avait voulu qu'on vole, il nous aurait donné des ailes».

DIGNITÉ. La vie reçue, si elle est un don, est aussi un devoir. Chaque humain reçoit avec elle la tâche fondamentale de prendre sa vie en charge, d'en devenir responsable. Il doit s'assumer, faire les choix nécessaires pour la diriger. Selon ce qui lui semble juste, sans nuire aux autres. Cette responsabilité peut ainsi l'amener à entrer dans un incendie pour sauver la vie d'un autre humain, quitte à y laisser la sienne. Parlerait-on alors d'un suicide? D'un geste héroïque? Le devoir d'assumer sa vie est aussi le fondement de la condition d'humain, avec l'angoisse, le «mal de vivre», qui en fait partie. «Je suis qui, moi? Je fais quoi de ma vie»? C'est ici le fondement de sa dignité.

«Y aurait-il un moment où l'humanité d'une personne, sa dignité, deviendrait plus importante que la vie à laquelle l'a réduite une maladie extrêmement grave (J. Grand 'Maison 2010)?» Et si oui, quel serait ce moment?

MOURIR. «De la dignité de l'homme vient le droit de se déterminer lui-même. Du droit à la vie, ne s'ensuit nullement un devoir de vie, de continuer à vivre dans tous les cas. Si la vie est un don de Dieu, elle est aussi le devoir de l'homme... pour sa vie, toute sa vie, même pour l'ultime étape, celle du mourir. Le respect de la vie humaine n'exige-t-il pas de ne pas permettre que des humains soient indéfiniment confinés dans des conditions indignes» (H. Kung, La mort heureuse p.91).  Comment cela s'applique-t-il dans les conditions de souffrances extrêmes (physiques ou morales) sans perspectives d'amélioration? Et que penser de la dignité perdue, devrait-on dire d'humanité perdue, dans la démence?

 

Pierre Paul Gingras,

Granby

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