Les adieux de coach Jean

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Jean Jr Petit était l'homme fort, le géant, du football à Granby. Il a mené les Incroyables juvéniles à la conquête du Bol d'Or l'an dernier et, surtout, il a aidé quantité de jeunes hommes à devenir de bonnes personnes dans notre société.

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C'est difficile. J'ai réuni mon personnel d'entraîneurs pour une dernière fois, cette semaine, et j'ai pleuré comme un bébé. C'est huit ans de ma vie, huit années très intenses de ma vie, que je laisse derrière moi...»

À l'autre fil bout du fil, on sent Jean Jr Petit très vulnérable. L'homme de 51 ans est à régler ses derniers dossiers en tant que responsable du programme de football des Incroyables de J.-H.-Leclerc. Son association avec l'école secondaire, qui n'avait plus assez d'heures à lui donner en tant qu'appariteur du magasin des sports, se terminera officiellement après les Fêtes. C'est d'ailleurs à son nouvel emploi, chez lui à Magog, qu'on l'a joint.

Sans vouloir faire de jeux de mots, Petit était l'homme fort, le géant, du football à Granby. Il a mené les Incroyables juvéniles à la conquête du Bol d'Or l'an dernier et, surtout, il a aidé quantité de jeunes hommes à devenir de bonnes personnes dans notre société. Son apport au sport régional et à notre jeunesse aura été immense. Il a marché sur les traces d'Alain Duquet, qui en avait aussi fait beaucoup avant lui.

«Il y a les succès sur le terrain et il y a ceux en dehors du terrain, dit-il. La conquête du Bol d'Or, c'est clair, a été un moment exceptionnel. Mais je sais que le football a sauvé bien des kids du décrochage et de tous les problèmes qui viennent avec ça. Et ça, c'est sûrement ma plus belle réussite...»

Petit parlera de William Grondin, un des meilleurs éléments de l'équipe qui a triomphé l'an dernier.

«William était un décrocheur en devenir, c'était évident. Mais le football l'a gardé à l'école. Aujourd'hui, il étudie au collège Notre-Dame-de-Foy, à Québec, il réussit bien et il a un avenir devant lui. Son club vient d'ailleurs de participer à la finale du Bol d'Or. Je suis très fier de lui. Et ce n'est qu'un cas parmi tant d'autres...»

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La conquête du Bol d'Or par les Incroyables juvéniles l'an dernier. La conclusion d'une saison très, très spéciale...

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Une saison spéciale

Non, Jean Jr Petit n'est pas à la veille d'oublier la saison 2014 des Incroyables juvéniles. Car elle a été très, très spéciale. Et pas seulement parce que l'équipe a tout gagné.

Vendredi, l'auteur de ces lignes a fait avouer à Petit ce que les gens de J.-H.-Leclerc n'ont jamais voulu dévoiler: la fameuse saison 2014 des Incroyables a été marquée par deux suicides. Celui d'un entraîneur, donc un adjoint à Petit, et celui d'un joueur.

«L'entraîneur s'est enlevé la vie la veille du début du camp d'entraînement alors que le joueur a décidé d'en finir tout juste après la conquête du Bol d'Or, souligne-t-il. Aussi, il y a le parent d'un joueur qui est mort au milieu de la saison. Ça a été l'enfer!»

Petit n'a jamais voulu parler de tout ça publiquement. Pourquoi?

«Il n'était pas question de gratifier le suicide. Oui, quand on a gagné le Bol d'Or, on a tous regardé au ciel et on a dit merci à Danny (l'entraîneur). Mais on ne s'est jamais servi de sa mort comme source de motivation. Je ne voulais pas. Ça n'aurait pas été sain à mon avis. Et on n'a jamais parlé de ça dans le vestiaire non plus. On en a parlé à l'extérieur de la chambre, mais pas à l'intérieur.»

À la suite du suicide de l'entraîneur, des services de soutien psychologique ont été offerts aux joueurs. Mais ce que les p'tits gars voulaient, eux, c'était parler à coach Jean. C'est en lui qu'ils avaient confiance.

«Je ne suis pas psychologue, je n'ai aucune formation, mais je suis capable d'écouter. Et c'est ce qu'il fallait faire. Écouter, simplement, et soutenir. Ça a été difficile, maudit que ça a été difficile. Mais les jeunes avaient besoin de moi.»

Et il a été là pour eux. Comme toujours.

Fini, le football

Jean Jr Petit affirme que le football, c'est fini pour lui. À J.-H.-Leclerc, les gens ne le croient pas. «Ce n'est qu'un au revoir», lui ont dit les membres de son personnel d'entraîneurs cette semaine. Lui, il dit que c'est un adieu.

«J'ai joué au football et je suis devenu entraîneur en 1981, raconte-t-il. Et moi, le football, je vis ça intensément, je le vis au maximum à chaque seconde. C'est fini, vraiment fini, parce que je veux penser à moi un peu. Je viens de me remarier et j'ai de grands enfants que je n'ai pas vus assez à mon goût au cours des dernières années. Je n'ai pas vu ma mère à son anniversaire depuis des lunes parce que sa fête a le malheur d'être pendant la saison de football. Je veux prendre du temps pour moi et pour les miens. Je veux retourner à la pêche, un sport que j'adore, je veux regarder le football à la télé comme tout le monde...»

Plus d'une fois, au cours de l'entrevue téléphonique, Petit s'est arrêté. À chaque fois, c'était pour réprimer un sanglot. Il a beau avoir décidé en juillet qu'il prenait sa retraite du football, la pilule n'est pas encore passée.

«C'est dur. L'école n'avait plus assez d'heures pour moi et je ne pouvais accepter un job à temps partiel. J'aime le football, mais il faut que je gagne ma vie. Ça a été tellement, tellement une belle aventure. Oui, je me pile sur le coeur. Mais c'est impossible de faire autrement.»

Il y a de ces adieux qui sont plus durs que d'autres...

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