Quand il y aura des visages

«Il y aura des récits de leur interminable... (Santi Palacios, Associated Press)

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«Il y aura des récits de leur interminable attente dans les camps au Liban, en Jordanie ou en Turquie. Et il y aura de belles histoires d'accueil et de générosité à l'endroit de ces gens qui fuient la guerre et qui veulent rebâtir chez nous... et avec nous... une vie normale pour eux et pour leurs enfants.»

Santi Palacios, Associated Press

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Nous pourrons bientôt mettre des visages et des noms sur les mots «réfugiés syriens».

Il y aura des récits de leur interminable attente dans les camps au Liban, en Jordanie ou en Turquie. Et il y aura de belles histoires d'accueil et de générosité à l'endroit de ces gens qui fuient la guerre et qui veulent rebâtir chez nous... et avec nous... une vie normale pour eux et pour leurs enfants. C'est cela qu'il faut garder à l'esprit dans le débat sur la décision du gouvernement Trudeau d'en accueillir 25 000 au pays.

Il est normal de voir les partis d'opposition à Québec s'inquiéter de la capacité d'accueillir autant de réfugiés d'ici la fin de l'année. C'est le rôle des critiques gouvernementaux de talonner le parti au pouvoir afin d'éviter l'improvisation et les erreurs de parcours. Même chose pour les maires des villes et les commissions scolaires qui accueilleront les réfugiés et qui ont hâte de savoir comment tout cela va se passer. Ils sont directement concernés.

Mais c'est de logistique dont on parle ici, pas de notre décision, comme société, de faire notre devoir planétaire pour répondre à des besoins humanitaires criants. On dit souvent, avec raison, qu'on a plus de satisfaction à donner qu'à recevoir. C'est précisément ce qu'on fait en acceptant une infime partie des millions de personnes qui ont perdu leur foyer, leur gagne-pain et leur société à cause de la guerre. Voilà pourquoi il y aura de belles histoires humaines et enrichissantes lorsque ces gens arriveront en grand nombre parmi nous.

Il y aura aussi des difficultés, des complications et des imprévus. Mais la satisfaction d'aider des être humains qui n'ont pas eu la chance, comme nous, de naître dans un pays riche et pacifique, sera plus forte encore.

C'est un privilège énorme que d'être né dans un pays comme le nôtre. Mais cela ne nous dispense pas de nos obligations de solidarité et de générosité envers les autres.

Cette semaine, j'entendais un auditeur déclarer le plus sérieusement du monde à une radio de Québec que le Canada devrait plutôt payer ces gens pour retourner vivre dans leur pays. C'est faire preuve d'une ignorance crasse.

La Syrie, où ces gens ont vécu, n'existe plus. C'est un pays dévasté par la guerre. Ce sont des villes saccagées, des résidences démolies, des écoles vides, des emplois disparus. Les gens que nous accueillerons ici ne sont pas les migrants que nous avons vus franchir les frontières vers l'Europe à coup de centaines de milliers au cours des derniers mois. Ce sont des réfugiés qui vivent dans des camps depuis plusieurs années dans l'espoir qu'on leur trouve une place quelque part sur la planète. Selon un journaliste du Globe and Mail, de retour de l'un de ces camps au Liban, les représentants du gouvernement canadien qui scrutent les candidatures, recherchent d'abord ceux qui ont de la famille ici, qui connaissent le français ou l'anglais, et qui avaient des occupations compatibles avec le marché de l'emploi chez nous. Bref, ils sont à la recherche des gens les mieux formés et les mieux connectés, avec comme résultat qu'on laissera au Liban les plus pauvres et les plus démunis... Ce n'est pas surprenant, mais c'est tout de même terrible comme constat.

Quant à ceux qui voient des terroristes potentiels chez ces réfugiés, ils oublient que les gens que nous accueillerons ici sont dans des camps de réfugiés depuis deux ou trois ans, bien avant Charlie hebdo ou les attentats de la fin de semaine à Paris. Les terroristes n'ont pas la patience ni le temps d'attendre aussi longtemps dans les camps. Il y aura toujours des exceptions à la règle, mais ce n'est pas une raison pour tomber dans la paranoïa collective qui semble s'installer dans certains milieux.

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