Surprenant silence et ultimatum maladroit

«Mais l'affaire soulève une autre question: s'il y... (Archives La Presse)

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«Mais l'affaire soulève une autre question: s'il y avait une telle urgence, pourquoi la directrice du Centre d'amitié autochtone, Édith Cloutier, a-t-elle refusé d'en dévoiler les détails aux représentants du ministère des Affaires autochtones à l'été?»

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On a blâmé avec raison la lenteur et le cafouillage du gouvernement Couillard dans le dossier de Val-d'Or. Mais l'affaire soulève une autre question: s'il y avait une telle urgence, pourquoi la directrice du Centre d'amitié autochtone, Édith Cloutier, a-t-elle refusé d'en dévoiler les détails aux représentants du ministère des Affaires autochtones à l'été? Selon le ministre Geoff Kelly, Mme Cloutier a dit avoir «préféré» attendre la diffusion du reportage de l'émission Enquête, trois mois plus tard.

Cette situation pose une question éthique troublante. Est-il normal de refuser de collaborer avec les autorités après les avoir prévenues d'allégations graves et surtout, après avoir demandé des mesures de protection pour les victimes présumées? Les policiers mis en cause ont continué, pendant ce temps, de patrouiller dans les rues de Val-d'Or. Imaginez le drame s'il avait fallu que l'une des femmes entendues à l'émission Enquête ait été battue ou intimidée pendant ce délai.

La question se pose également pour les journalistes: est-il sage de réclamer le silence pendant une aussi longue période quand la sécurité des témoins est en cause? Je comprends que c'est l'excellent travail de la journaliste Josée Dupuis qui a fait la lumière sur ces allégations. Je comprends aussi que c'est une pratique courante dans le métier de demander la discrétion à des informateurs. On veut protéger sa primeur. Mais six mois, c'est un long silence. La protection des témoins devrait passer avant celle de la primeur journalistique.

On s'entend pour dire qu'il aurait été plus sage de retirer cette enquête des mains de la SQ dès le début. Mais en refusant de dévoiler le détail des allégations, la direction du Centre d'amitié autochtone n'a pas aidé les ministres concernés à saisir la gravité de la situation. Ça n'excuse pas le cafouillage, mais ça mérite réflexion.

L'ultimatum et l'invitation

Je n'ai pas reconnu Ghislain Picard quand je l'ai entendu «sommer» Philippe Couillard de rencontrer les leaders des Premières Nations dans un délai de 24 heures et en faire «le responsable» de la situation à Val-d'Or. Quand on discute de nation à nation, on ne somme pas, on invite. Imaginez Justin Trudeau sommant Barack Obama...

Heureusement, on est passé hier d'une «sommation» à une «invitation» à laquelle Philippe Couillard a acquiescé. Cette rencontre est importante. Ceux qui ont vécu Oka ont souvenir de l'ampleur potentielle que peut prendre un petit conflit local. On sait aussi que Jean Charest a refusé de rencontrer les leaders étudiants du Printemps érable, croyant à tort que leur mouvement casserait aux vacances de Pâques. On ne saura jamais si une rencontre aurait évité la crise, mais ce que l'on sait, c'est qu'il y a eu crise.

Il y a deux dossiers dans le reportage sur Val-d'Or: d'une part, les allégations d'inconduite sexuelle et d'abus de pouvoir de la part de policiers de la SQ; d'autre part, la lenteur ou l'apathie de ce corps policier devant la violence à l'endroit des femmes autochtones et la disparition de la jeune Sindy Ruperthouse.

Les cas soulevés par l'émission ont un effet multiplicateur: on entend ici et là d'autres allégations de viols, d'agressions, et de violence conjugale impliquant non pas des policiers, mais démontrant la grande vulnérabilité des femmes autochtones.

C'est au gouvernement qu'il incombe de régler les dossiers de Val-d'Or. Pour la suite des choses, seul un véritable travail conjoint avec les chefs des Premières Nations sera porteur de progrès. Ils ont aussi une responsabilité à l'endroit de leurs populations. Les solutions ne passeront pas uniquement par la voie des gouvernements des Blancs.

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