Savoir s'effacer

Pascal Bonin... (Catherine Trudeau, Archives La Voix de l'Est)

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Pascal Bonin

Catherine Trudeau, Archives La Voix de l'Est

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

Étrange décision que celle de Pascal Bonin de solliciter le poste de préfet de la MRC de la Haute-Yamaska. On aurait pensé que son travail de maire de la Ville de Granby l'occupait suffisamment. Parce que gérer une ville de 65 500 habitants est une lourde tache. Qui exige que l'on y consacre des heures supplémentaires au temps plein qui vient avec le job.

Où M. Bonin prendra-t-il les heures pour assumer la fonction de préfet? On ne parle pas ici de deux ou trois réunions par mois avec les autres maires et quelques rencontres avec des fonctionnaires pour s'assurer de l'avancement des dossiers de la MRC. Le poste vient avec des responsabilités qui demandent une présence fréquente dans les bureaux de la MRC.

L'élection de M. Bonin à la tête de la MRC est une chose presque déjà entendue. Il dispose de quatre votes en vertu du fait que sa municipalité compte pour 75,5% de la population de la MRC (88 064). Il lui suffit de convaincre deux des sept autres maires de l'appuyer et l'affaire est dans le sac. On ne voit pas comment il peut perdre.

La question est de savoir pourquoi le maire Granby tient à être préfet. Il y a lieu de s'interroger sur ses motifs. Cherche-t-il à accroître son influence dans la région? À asseoir son autorité? À pousser sa vision de la région? Et quelle est-elle au fait?

Le courant n'est jamais vraiment passé entre M. Bonin et le préfet sortant, Pascal Russell. On peut penser que la complicité unissant le maire de Waterloo et l'ancien maire de Granby Richard Goulet l'a toujours irrité. Ajoutons au tableau le fiasco du projet d'usine de traitement des matières résiduelles, projet qu'a enterré M. Bonin en coupant les vivres ($$$) à la MRC, et ça explique que M. Russell décide de ne pas demander à ses collègues maires de prolonger son mandat. L'homme sait compter et ses chances de défaire M. Bonin étaient, au mieux, extrêmement limitées.

Assumer une charge publique n'est pas une mince affaire. Il faut être capable d'entendre toutes les parties, soupeser toutes les opinions, avant de prendre une décision. Tout un défi. C'est encore plus difficile dans une entité comme une MRC où une des villes prend autant de place en raison de sa démographie et de son poids économique. Imaginez quand le maire de cette même ville est le grand patron de la MRC...

Comment M. Bonin accueillera-t-il les idées, critiques et aspirations des sept autres municipalités? Le politicien est un populiste. Il est près des citoyens de Granby, sait les écouter, leur répond avec franchise. Mais comment tranchera-t-il lorsque les intérêts des citoyens des autres municipalités s'opposeront à ceux de sa ville? De telles situations se produiront. Et elles créeront dans la couronne de Granby un sentiment de vivre sous le joug de la grande ville.

Le maire Bonin n'a pas besoin d'être préfet pour se faire entendre à la table des maires. Il exerce déjà une influence évidente. Les autres maires sont conscients que la vitalité de l'ensemble de la MRC passe en grande partie par les succès de la ville centre. Aussi travaillent-ils toujours en ce sens, comme leurs prédécesseurs l'ont fait depuis la création de la MRC.

Les citoyens de la MRC, et cela vaut autant pour ceux de la Ville de Granby, seraient mieux desservis par un préfet provenant d'une petite municipalité.

Les grandes villes, pour le bien commun régional, doivent parfois savoir s'effacer. Tout comme leurs maires.

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