Corruption-2

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Bernard Demers
La Voix de l'Est

La corruption, nous l'avons vu, ne limite pas ses dégâts à une perte d'argent, loin de là. Elle donne un sentiment d'iniquité, elle démobilise le travailleur honnête, elle fait perdre le respect des organisations et des instances qui sont censées réguler notre bien commun. La corruption, en effet, ne peut exister que lorsque le silence, complice ou lâche, est assez généralisé dans les organisations pour la laisser exister. La découverte d'un cas de corruption ébranle donc la confiance des citoyens face à toute l'organisation, chacun sachant que le corrompu ne peut pas avoir agi sans la complaisance de ses collègues. Le pire, c'est quand le premier responsable de l'organisation nie toute responsabilité en disant n'avoir jamais été au courant; la nature même de son travail est pourtant d'être au courant de tout dans son organisation et de s'assurer que celle-ci fonctionne bien. Lorsque cela se produit, lorsque l'organisation et ses responsables poursuivent impunément leur carrière après avoir éliminé un ou deux éléments à qui on fait porter toute la faute, le public n'est pas dupe, il devient simplement amer et critique.

Actuellement on en est à l'adoption massive, dans le privé comme dans le public, de codes de déontologie et de politiques de transparence. Malheureusement, dans bien des cas, il ne s'agit là que de moyens pour protéger les patrons qui pourront s'aveugler volontairement puis prétendre, si leur organisation se retrouve avec un cas de corruption, qu'ils avaient pris des mesures pour l'éviter. C'est là une attitude aussi ridicule que celle d'un État qui adopterait des lois, mais n'aurait aucune police pour les faire respecter. La règle ou la loi n'a jamais empêché les criminels d'agir. C'est l'application, le suivi, et surtout leur respect exemplaire par les autorités elles-mêmes, qui font que les règles et les lois prennent du sens. Vous aurez beau imposer des formations à l'éthique à tous les élus municipaux, et jeter ainsi l'argent par les fenêtres, vous ne formerez pas ceux d'entre eux qui ont une âme de bandit à devenir honnêtes! La vraie lutte contre la corruption doit être permanente et consister, d'abord, dans l'appui inconditionnel de la société à ceux et celles qui refusent de s'aveugler.

Nous en sommes bien loin. Quand quelqu'un tente de signaler une situation de corruption, il est le plus souvent perçu, et traiter, comme un trouble-fête pour ne pas dire un fauteur de troubles. C'est lui qui est considéré comme une menace à l'organisation, comme une cause possible de scandale. Tant que la corruption est cachée, elle est tolérable, dirait-on. C'est comme si l'inceste ou la violence familiale étaient acceptables quand ils sont cachés, que l'objet de scandale ne soit pas l'agresseur, mais l'abusé. Cela a été malheureusement vrai. Combien d'abus sexuels ont été ainsi cachés, au sein d'une communauté religieuse, d'un village ou d'une famille? Là aussi on a préféré regarder ailleurs, pendant des siècles. Ce n'est que lorsqu'on libère la victime du poids de l'accusation que l'on commence à réduire de tels crimes.

Il est grand temps qu'on libère les témoins de la corruption de leur statut de messagers, sur lesquels on s'obstine encore à tirer.

 

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