La pilsner

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Philippe Wouters
Groupe Capitales Médias

(Granby) CHRONIQUE / Souvent brunes, troubles et parfois peu digestes, les bières du début du 19e siècle n'étaient pas forcément les plus désaltérantes. Il a fallu attendre l'arrivée d'une bière blonde, limpide et très facile à boire pour voir le comportement des consommateurs changer radicalement. C'est l'histoire du style qui a le plus influencé la culture bière, d'hier à aujourd'hui.

Nous sommes en 1842 à Pilsen, en Bohème. Dans les cuves de la brasserie des Bourgeois fermente une bière blonde titrant 5 % d'alcool. Sa fermentation est de type « basse », elle fait partie de la famille des lagers. Par un procédé révolutionnaire à l'époque, le produit final sera blond, limpide, à faible taux d'alcool, légèrement amer, avec une petite finale sèche, mais surtout très désaltérante. La pilsner était née.

Le succès est immédiat. Habitué de prendre quelques chopines de bière « plus forte », le consommateur se rue sur cette nouvelle bière si fraîche, en commande une ou deux de plus, ravi par cette belle couleur dorée et scintillante de même que par ce nez particulier de houblon, qu'on appelle « houblon noble », qui offre un équilibre remarquable entre le sucre provenant du malt et l'amertume provenant du houblon. La brasserie des Bourgeois, sans s'en rendre compte, venait de révolutionner le monde de la bière de l'époque.

La pilsner est un succès commercial. Tout le monde en veut. Son procédé de fabrication demande cependant un environnement frais. Seules les brasseries possédant un réseau de grottes ou un système de refroidissement industriel, coûtant une fortune, peuvent se permettre de copier et distribuer ce nouveau style, obligeant la brasserie des Bourgeois à protéger le nom « pilsner » en 1852 et à créer la fameuse marque « Pilsner Urquell » en 1898. 

Un marché concurrentiel

Partout en Europe, plusieurs brasseries font le pari de brasser cette nouvelle bière. Le succès ne s'estompe pas. C'est le début d'une ère nouvelle. On ne désire plus forcément les bières d'une bras­serie locale, mais la bière « pilsner » de la bras­serie régionale, assurant une viabilité financière aux brasseries­ qui auront fait le pari d'en brasser.

En Belgique, elle est si populaire que certaines brasseries traditionnelles qui continuent de brasser des bières de couleurs différentes se voient obligées de produire une bière de couleur « blonde » afin de rivaliser avec la nouvelle bière à la mode sur les terrasses des cafetiers. 

Les brasseries découvrent en même temps la force d'une bonne campagne de publicité. Les affiches, support publicitaire par excellence au 20e siècle, vantaient les mérites de chaque « blonde » pour son caractère désaltérant, peu importe le style, tant que la couleur ressemble à la fameuse « pilsner ». Voilà pourquoi, cher consommateur, encore aujourd'hui, une bière blonde est souvent associée à tort à une bière de soif, douce, légère en alcool et facile à boire. Ce qui est totalement faux ; nous avons déjà eu l'occasion d'en parler. 

Le rêve américain

Devant un climat politique instable, plusieurs brasseurs d'Europe du Nord et de l'Est s'installeront en Amérique du Nord. Dans leurs bagages, ils apportent une recette de bière de style « pilsner » qu'ils brasseront avec les mêmes techniques employées sur le vieux continent. Ils sont aujourd'hui les grands groupes brassicoles que vous connaissez. Dans les années 70, le style perd un peu de sa popularité. Il faut dire qu'il a perdu un peu de sa personnalité également. Les premières micro­brasseries préféreront donc brasser des styles oubliés, laissant la « pilsner » aux grands groupes brassicoles.

Aujourd'hui, le goût de la lager blonde désaltérante et bien équilibrée est de plus en plus populaire chez les petits brasseurs, la pilsner n'y échappe pas. On y retrouve la même noblesse des ingrédients utilisés à l'époque, dans des petites bras­series régionales­, partout dans le monde. La boucle est bouclée.

SUGGESTIONS DE LA SEMAINE

Pilz
MaBrasserie
Montréal

Présentation

D'inspiration tchèque, région de production d'origine, cette pilsner est disponible en canette de 473 ml. Servez-­la tout de même dans un verre, pour le plaisi­r des yeux et des papilles. 

Description

Une belle mousse crémeuse se développe dans mon verre. La bière est sublime, un beau corps blond et limpide. Au nez, les houblons Saaz (houblons nobles utilisés depuis la première version de la pilsner en 1842) offrent des arômes d'herbe fraîche. En bouche, l'amertume est sèche, offrant une finale très désaltérante. C'est ce qu'on lui demande.

Accord gastronomique

Une baguette de pain bien croustillante.

Appréciation

Un retour aux sources avec cette pilsner traditionnelle, brassée uniquement avec des ingrédients nobles. À boire frais, n'hésitez pas à demander conseil à vos détaillants­ spécialisés­ préférés.

Duvel
Moortgat
Belgique

Présentation

Une des bières les plus connues de Belgique. Elle est de fermentation haute, titre 8.5 % alc/vol et n'a pas toujours été blonde. Elle a justement changé de couleur dans le but de contrer l'essor des pilsners au début du 20e siècle. On la retrouve à la SAQ.

Description

À servir dans un verre beaucoup plus grand que la capacité de la bouteille. Le but est de créer cette mousse si généreuse qui en a fait sa réputation. Au nez, le houblon s'exprime par des notes proches de la pilsner. 

On y rajoutera quelques arômes fruités de la levure et une belle présence d'alcool. En bouche, l'amertume est frappante, mais pas si sèche. Le sucre revient en force, offrant une finale plus ronde. 

Accord gastronomique

À comparer avec une pilsner

Appréciation

Même si elle a l'aspect d'une pilsner, cette Duvel est plus forte, plus alcoolisée, moins sèche, mais presque aussi désaltérante. Le parfait exemple de la bière « blonde ».




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer