À contre-courant

L'artiste bromontoise Sophie B. Samson... (Christophe Boisseau-Dion, archives La Voix de l'Est)

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L'artiste bromontoise Sophie B. Samson

Christophe Boisseau-Dion, archives La Voix de l'Est

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Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

(Granby) Souvent, dans mon métier, je croise des gens qui, en parallèle à leur carrière professionnelle, s'adonnent à des activités insoupçonnées. Par exemple, le maire d'une ville qui, le week-end venu, se transforme en crooner. Un prof de karaté qui lance un album. Une camionneuse qui fait des savons semblables à des muffins. Vous savez, le genre de personnes qui vous fait réaliser qu'avec un peu de volonté, tout est possible.

La dernière à m'avoir surprise dernièrement, c'est l'artiste Sophie B. Samson.

En août, je vous parlais de cette jeune designer de Bromont qui signait le Manifeste de l'art slow. Un hommage aux artistes. À ceux qui nourrissent l'humanité de leur créativité en faisant fi des contraintes extérieures, qu'elle écrit.

L'art slow, c'est une philosophie qui met l'accent sur l'artiste, sur son approche et son processus créatif. Plus que sur son oeuvre. Il prône le respect du rythme de création de chacun et de son originalité. Ce courant de pensée insiste pour que l'oeuvre d'art ne soit jamais comparée à un produit de consommation.

Bref, dans son Manifesto, un truc sérieux dans lequel elle ne se prend toutefois pas au sérieux, Sophie troque sa machine à coudre pour le clavier d'ordinateur, et ce, de belle façon.

Paraît qu'elle fait ça souvent d'ailleurs.

Avant de la quitter le jour de notre rencontre, elle m'a offert un petit bout de plywood sur lequel elle avait accroché les pages de ce qu'elle a intitulé un «photoreportage à budget modeste» fait lors d'une virée dans le nord-ouest du Québec.

Abitibi motels, casse-croûte et tavernes est le récit coloré de la tournée des motels, casse-croûte et tavernes... de l'Abitibi. Même les photos sont d'elle. Là-bas, elle est passée à travers un 24 poses avec son vieil appareil argentique Olympus Trip.

 - Tu me donneras tes impressions, qu'elle m'a lancé en attrapant un de ses chats qui tentait de profiter de mon départ pour se faire la malle.

Mes impressions? Eh bien, la designer manie aussi bien les mots que les bouts de tissu coloré. Elle qui, à première vue, semble discrète, voire gênée, cache un côté pince-sans-rire hilarant.

En lisant son récit, on sent monter l'odeur de patate frite graisseuse et le parfum cheap de motels qui le sont tout autant. Elle parle en images, le tout avec un humour très fin. Subtil.

Ici, les casse-croûte surutilisent le mot «patate» et les bars emploient à tort le terme «auberge». Ça vient mêlant, il est bon d'être averti, écrit-elle. En abordant la perfection du motel Le Riverain, rattaché à la Microbrasserie du Lièvre, elle raconte que «chaque suite est aussi stérile et glaciale que la précédente, mais les coloris diffèrent. Alors, vous pouvez choisir de baiser romantiquement dans l'excitante ambiance de morgue, soit en vert lime, soir en rose saumon ou encore en bleu sanatorium.

J'ai pleuré de rire.

Et c'est comme ça, tantôt drôle, tantôt cru et cynique, sur une trentaine de pages qui se lisent comme on avale un shooter, c'est-à-dire d'un trait.

Je vous ai donné le goût de lire Abitibi, môtels, casse-croûte et tavernes?

Pour ça, il faudrait que je vous prête ma copie.

Sophie n'a produit que quelques exemplaires de cette oeuvre qu'elle a semée ici et là.

Parce que c'est ça aussi l'art slow: l'audace d'aller à contre-courant. Son projet, elle l'a fait pour elle. Pas pour répondre à une commande précise. Pas pour faire de l'argent. Pas pour être dans le vent.

Juste parce qu'elle le portait en dedans d'elle.

S'écouter est tellement une qualité qui se perd.

Ceux qui le font méritent toute notre admiration.

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