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Le Multi Dictionnaire de la langue française signé... (tirée du www.multidictionnaire.com)

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Le Multi Dictionnaire de la langue française signé Marie-Éva De Villers est au journaliste ce que le stéthoscope est au médecin: vital.

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Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

CHRONIQUE / Trouvez-vous qu'on entend de moins et moins dire «les enfants jouzent» ? Que le «qu'est-ce que vous faisez» et le «sontaient» se font de plus en plus rares? Chez les adultes, bien sûr.

Qu'un enfant s'exprime ainsi fait quasiment partie de son processus normal de développement. Je mets ça au même niveau que le fait de mettre ses souliers à l'envers. Ça dure un temps. Ils apprennent, comprennent, et tout entre dans l'ordre.

Les erreurs commises aujourd'hui par certains adultes viennent, bien sûr, des nombreux anglicismes qui, avec le temps, s'enracinent subtilement dans notre belle langue. Mais comme j'ai le grand privilège d'accueillir dans mes pages un ayatollah de la langue française en la personne de France Arbour, je ne vous apprends rien.

Bien que j'aime utiliser la langue de Shakespeare pour donner du rythme et de la couleur à cette chronique ou à mes récits, certains mots utilisés autour de moi, à l'oral ou à l'écrit, me donnent de l'urticaire.

Le premier: impacter. «Une chance, mon horaire n'a pas impacté celui des membres de ma famille.» Non!

Une chose peut avoir un impact sur une autre. Dans un accident, l'impact peut être violent, mais LA FORME VERBALE DE CE MOT N'EXISTE PAS! Et ce, malgré tout l'impact que vous voulez avoir.

On va plutôt dire qu'un événement a eu des conséquences ou des effets sur une chose. Qu'un truc en a influencé un autre.

Moi, c'est simple, si ce mot ne figure pas dans mon «MarieÉva», c'est qu'il n'existe pas. 

Deuxième mot que je ne suis plus capable d'entendre ou de lire, parce que chaque fois il est mal utilisé, c'est démystifier. Les gens démystifient tout, à tout bout de champ. Dans les faits pourtant, ils devraient plutôt démythifier.

Selon ma MarieÉva, démythifier veut dire supprimer un mythe et démystifier, dissiper l'erreur, détromper les victimes d'un mensonge. C'est clair que la proximité sémantique de ces deux mots peut porter à confusion. Surtout, en sachant que démythifier signifie le fait de dépouiller une chose de son aspect mystérieux. Comme dans «Démythifions les sciences biomoléculaires!»

Il serait facile de retenir qu'on enraye le myStère, alors on démyStifie, mais non. C'est le contraire.

Tandis que j'y pense: Cantons-de-l'Est et Saint-Paul-d'Abbotsford prennent des traits d'union. Aussi, levée de fonds, qu'on peut lire dans un communiqué de presse sur deux, ne se dit pas. C'est un calque de fund-raising. Il faut plutôt opter pour la collecte de fonds ou une campagne de financement.

Un autre mot que je lis et que j'entends tous les jours c'est édition. Un mot surutilisé, à tort.

On me demande constamment de parler de la 20e édition d'une épluchette de blé d'Inde organisée au profit d'un organisme. De la 5e édition d'un souper boeuf et lard braisés pour un autre ou de la énième édition d'un tournoi de golf formule Vegas. Ça me peine vraiment de vous annoncer ça comme ça à brûle-pourpoint, mais le mot édition se réfère exclusivement à l'industrie et au commerce du livre, de publications ou d'oeuvres d'art.

Vous organisez le même tournoi de soccer depuis 40 ans? On va donc parler du 40e tournoi de soccer ou de la quarantième année de l'événement.

On garde ça simple. «Oui, mais j'ai toujours dit ça et on peut le lire partout!», que vous vous dites. C'est vrai, mais ça ne veut pas dire que c'est exact.

Pour décrire la neige, une fillette, une comédie ou encore une boule de bowling, j'ai, et ce pendant des années, répété le mot légerte. Jusqu'à ce que j'apprenne.

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