Aux grands maux les grands moyens

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Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

Histoire de me faire une tête sur une question qui me turlupinait, je me suis glissée dans un forum de discussion dernièrement.

Le sujet était le suivant: doit-on investir le coût d'un voyage dans le Sud dans un quatre étoiles et demie avec six restaurants à la carte et trois endlesspools pour subir un traitement de canal sur la deuxième molaire, une des dents broyeuses qui se trouvent dans le fin fond de la bouche, que si je tente de l'atteindre avec trop de volonté le coeur me lève?

J'hésite. Vraiment.

En plus, cette dent a déjà subi un plombage important. Après le traitement de canal, qui n'est pas une petite opération soit dit en passant, elle aura sans doute besoin d'être coiffée d'une couronne pour continuer d'assumer son rôle. Une procédure qui permet aussi d'éviter que ma molaire rafistolée ne casse au premier steak médium/saignant que je vais attaquer.

Coût approximatif du chantier: 2000$.

Bon. Malgré le fait que je comprenne très bien l'importance de conserver toutes nos dents pour maintenir une bonne occlusion et, du coup, une bonne mastication, je trouve ça cher en chien.

D'ailleurs, le fait de se faire retirer une telle somme du portefeuille semble faire souffrir davantage ceux qui commentaient sur Internet que celui de se faire extraire les quatre dents de sagesse en même temps.

Ils font quoi les gens qui n'ont pas une cenne?

Ceux dont le budget ressemble à un morceau de céleri coincé entre la canine et la première prémolaire, c'est-à-dire serré?

Ils finissent la dentition à l'image d'un alignement de fourchettes à fruits de mer?

En plus, bien que mon dentiste m'ait expliqué dans le détail ce qui m'attendait, il ne peut pas me garantir que l'intervention sera une réussite. La dent peut, par exemple, casser pendant le traitement de canal. C'est donc un coup de dés.

Une entreprise risquée à 1000$ à la base. Je n'achète pas de billets de loterie ni ne participe aux jeux d'adresse dans les foires en me disant qu'en agissant ainsi, j'économise (ou je gagne) 2$ chaque fois.

Ça donne une bonne idée de mon taux de tolérance au risque ou, si vous préférez, mon degré de confiance et d'appréciation face aux probabilités.

Le fait que ma dent «malade» ne soit pas visible pèse aussi dans la balance. Le fait que son absence sur ma santé en générale ne m'angoisse pas vraiment également.

Tout est relatif.

Quand des maux de dos m'ont clouée au lit à une certaine époque, ça ne me faisait pas mal au coeur de débourser pour des traitements divers sur une base hebdomadaire. Tout ce que je voulais c'était de retrouver une vie normale. J'aurais amputé les régimes d'épargne-études de mes enfants pour pouvoir marcher comme avant.

Disons que tout ce qui entre dans mon sourire légendaire vaut la peine de piger dans mes REER. Le reste, non. C'est le cas de ma fameuse molaire.

Inutile à l'Ordre des dentistes du Québec de m'écrire pour me dire qu'elle a une dent contre moi.

Je vais la faire arracher, un point c'est tout. Pas besoin aux dentistes de la région d'en faire des ulcères. Ma grande aura besoin de broches cet hiver: ça s'annule.

Pour elle, ça ne sera pas un luxe.

Après avoir allongé 800$ pour mes lunettes il y a plus d'un an, accessoire que je porte en moyenne 14 heures par jour, 365 jours pas année, je me suis jurée ne plus jamais dépenser autant. Je trouvais ça démesuré.

J'ai d'ailleurs applaudi en découvrant le Bonhomme à lunettes, cet opticien qui offre des lunettes abordables pour tous, peu importe leur revenu.

Sa philosophie? Que les lunettes ne sont pas un luxe. Que voir clair est une nécessité.

Dans cette optique, pourquoi pas une vraie Fée des dents?

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