Les lézards

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Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

Dans les magazines que je traînais dans mon joli fourre-tout orangé tout neuf, les articles sur les vertus de la lenteur revenaient aux deux pages. Partout on ne me parlait que des bienfaits de rompre la routine pour recharger nos batteries. De l'importance de prendre-un-moment-pour-soi. Du plaisir de céder à la flemme. De la nécessité de glander de temps en temps.

Et si je faisais le tout «en pleine conscience», là on me promettait l'atteinte d'un niveau de zénitude et de déconnexion aux limites du nirvana.

C'était comme si toutes mes revues de lecture légère avaient deviné que je m'envolais pour une semaine en Floride!

Notre plan à mon amie et moi était fort simple : aller faire le plein de vitamine D sur la plage de «Pommepano» Beach avec pas d'enfants qui nous demandent qu'est-ce qu'on mange pour souper.

On ne projetait rien de moins que de mettre la switch à off pendant six jours et se vider la tête.

Finalement, on a honoré notre ordre du jour en passant maîtres dans l'art de ne rien faire. Un pur délice!

Avec une bouteille d'eau, de la crème FPS 30, une pomme et une barre tendre Trail Mix Chewy aux canneberges, je peux m'adonner à l'oisiveté sous un soleil de plomb pendant des heures. Ces moments sont devenus tellement rares dans nos vies de fou, que nous nous sommes délectées de notre semi-immobilité.

Là-bas, pas de télé, pas de musique et encore moins de tablettes. Mise à part une séance de magasinage prévue à l'horaire (une autre belle et douce façon de se libérer le mental), notre but était de ne pas avoir d'objectif précis à part celui de ne rien faire de particulier. On se laissait guider par le niveau d'ensoleillement. La seule préoccupation qui nous habitait vraiment était de statuer si on traînait, oui ou non, le parasol.

Bien sûr, j'ai vanté le respect quasi incroyable que les Américains vouent aux piétons. J'ai chialé sur leur piètre conscience environnementale, alors qu'ils ne recyclent E-RIEN. Je me suis - encore - étonnée de les voir pas de casque sur leur moto et je me suis insurgée aux kilomètres de les voir parler au cellulaire tout en conduisant leurs gros chars sur des autoroutes à cinq voies.

Mais c'est le seul (bas) niveau de cassage de pompon que j'ai atteint.

Dire que nous avons pris le temps de nous poser, ne serait pas mentir. Il est bon de prendre du recul, de se ressourcer, pour ensuite repartir de plus belle.

Assise sur la plage lors d'un après-midi parfait, je me suis surprise à faire glisser le sable entre mes doigts pour ne conserver que les bouts de coquillages polis que je plaçais ensuite sur ma serviette pour créer une mosaïque. Une espèce d'art thérapie minérale.

 - Non mais c'est tu assez rien faire ça?, que j'ai fait remarquer à ma chum en riant.

Je faisais pourtant quelque chose: je créais! Au soleil en plus.

Lézarder, quel bonheur!

Je regrette de ne pas me donner plus le droit de le faire, car à ce rythme-là, c'est le temps qui me file entre les doigts.

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