Le parfum des vaches

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Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

On dit souvent que la beauté est dans l'oeil de celui qui regarde. Dans le même ordre d'idées, je dirais qu'une odeur mérite le qualificatif d'agréable selon le nez qui s'y colle.

C'est connu, l'odorat est un sens de mise en mémoire. Ce qui explique que la perception d'une même odeur peut être différente d'une personne à l'autre selon divers facteurs. Ce qui représente une mauvaise odeur pour un peut être agréable au nez d'un autre. Tout dépend de la force des souvenirs qui s'y rattachent.

Prenez-moi par exemple. Alors que l'odeur de l'étable répugne à un haut pourcentage de citadins, moi, elle me ramène 30 ans en arrière, en pleine heure du train chez mon parrain et ma marraine. Si mes calculs sont bons, de l'âge de cinq à 11, 12 ans, je pense y avoir passé tous mes week-ends estivaux!

Chaque année, au printemps, je croise l'odeur de la ferme et en un clin d'oeil, je me revois suivre ma tante pas à pas alors qu'elle trimbale des chaudières remplies de lait frais. Je visualise le soleil qui se couche au bout du rang. Je devine le souper qui approche.

Chez eux - pourtant à dix minutes à peine de chez nous -, je me sentais forte, utile, libre. Ma tante avait toujours quelques menus travaux à me faire faire. Elle m'impliquait. Elle me faisait confiance. J'aimais être en sa compagnie. Elle a d'ailleurs teinté ma personnalité. J'ai aujourd'hui le même caractère fonceur et le même langage coloré!

À la campagne, j'ai passé des moments magiques.

Tous ces souvenirs sont remontés en moi pas plus tard que la semaine dernière lors de ma première sortie extérieure en vélo. Passant tout près d'une ferme laitière vers 18h30 au terme d'une journée «chaude» et ensoleillée, l'odeur qui flottait dans l'air à cet endroit précis a fait surgir en moi toutes ces soirées à la campagne. Les yeux fermés, tout était identique à mes souvenirs d'enfance.

Des expériences d'odorat inoubliables, j'en ai plein les narines. Certains plus percutants et inusités que d'autres! L'odeur d'étable au printemps est si douce à mon nez, que je me suis arrêtée sur le bord de la route pour en prendre quelques bouffées.

Après, 100 000 questions m'ont envahie.

Si l'odeur est toujours la même après plus de 30 ans, le sera-t-elle encore dans 30 autres années?

Pour mes cousins et ma cousine, est-ce qu'elle évoque en eux les mêmes sentiments joyeux qu'en moi?

Mes filles, plus tard, auront-elles des souvenirs aussi francs cachés dans des odeurs, bonnes ou mauvaises, qui les ramèneront dans leur enfance?

Des parfums de sauce à spaghetti ou de sapin de Noël leur rappelleront-ils certains membres de leur famille élargie?

J'aime le printemps où le nez nous dégèle pour s'ouvrir à des odeurs éteintes par le froid de l'hiver.

L'odeur de l'herbe fraîchement coupée. Celle des lilas en fleurs. De la pluie sur l'asphalte encore chaud.

Et, surtout, le parfum des vaches.

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