Une fille et son journal

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

Pour souligner ses «six-ans-et-demi», Laurence voulait un «journalintime».

Depuis qu'elle a quatre ans, elle aime marquer sa demie. Jamais on ne fait de gros pow wow autour de ça. Aux six mois, ça revient vite et elle le sait. Mais pour lui faire plaisir, on célèbre le moment par l'achat d'un petit cadeau. Son père et moi savons très bien que ça ne durera pas jusqu'à sa majorité, alors on embarque dans son délire.

Ceci dit, comme j'aime encourager la lecture et l'écriture sous toutes ses formes chez mes filles, je trouvais l'idée du journal intime - qu'elle pense écrit d'un trait - très bonne. Je soupçonnais qu'elle veuille le précieux calepin surtout à cause du cadenas et des deux minuscules clés qui l'accompagnent, mais elle était sérieuse dans sa démarche... même si elle avait une vague idée du fonctionnement d'un tel carnet. J'ai allongé l'heure du dodo de quelques minutes dimanche pour lui en expliquer l'ABC.

- Dans un journal intime, tu peux écrire comment tu te sens dans ton coeur, que je lui ai dit. Tu peux parler de ta journée. Raconter tes rêves. Écrire des secrets. Faire des dessins. C'est à toi. Tu y mets ce que tu veux. Tout ce qui peut te faire du bien et même les choses qui te font de la peine, tu peux les écrire. Cet espace t'appartient. Et personne ne peut le lire. Maman n'est pas obligée de savoir ce que tu écris. Je peux te laisser seule.

Tenant son long crayon à mine dans sa petite main gauche, elle a alors écrit la date après avoir pris grand soin d'écrire son nom en gros sur la première page de son joli cahier orangé. Le tout en insistant pour que je reste. «Tout à coup que je sais pas écrire un mot», qu'elle m'a dit.

Pas grave si tu fais des fautes, que je lui ai dit. Non, elle tient à ce que je l'aide. Ça devient notre petit temps à nous. Dans six mois, quand elle en aura marre de me voir lire par-dessus son épaule, elle saura écrire le mot «envahissante» sans oublier une lettre.

Après réflexion, elle a décidé de parler de sa journée. De dire qu'elle avait visité sa grand-mère au travail et qu'elle était contente d'avoir reçu son «journalintime».

- Comment on écrit ça IGA? , qu'elle m'a demandé avant d'éclater de rire, consciente de la question qu'elle venait de poser.

C'est ça la beauté d'un enfant de six-ans-et-demi. C'est encore un peu naïf, mais ça comprend certaines subtilités qui lui échappaient il y a à peine un an. C'est une éponge ouverte aux découvertes, aux apprentissages. C'est encore petit, mais habité d'une volonté de géant d'être- enfin - une grande personne.

Comme le soulignent plusieurs psychologues, de tels journaux sont pour les enfants des espaces d'introspection et d'affirmation de soi. Ce sont des défouloirs pour libérer certaines émotions, des lieux de construction de leur rapport au monde. Ces carnets, qui accompagnent leur développement, sont aussi des espaces de liberté dans lequel ils peuvent éprouver le plaisir d'écrire. Des territoires de jeux. C'est pas beau ça?

Le fait de pouvoir cadenasser leurs écrits rend l'expérience encore plus excitante!

À voir tout le temps et l'énergie qu'elle a déployés pour trouver une cachette à sa clé, et ainsi éviter que son ado de soeur ne tombe sur le contenu de son précieux cadeau, j'ai pensé que jamais elle n'allait me demander d'avoir une page Facebook un jour.

Mais elle est encore petite. Et elle ne fait jamais rien à moitié.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer