Illusion d'éternité

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Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

Mardi soir dernier, au lieu de siroter mon thé-Salada-avec-du-lait après le souper, je suis allée boire les paroles du docteur en biochimie Richard Béliveau. Le directeur de la Chaire en prévention et traitement du cancer à l'UQAM - à la biographie longue comme un chemin de table- a fait un saut à Saint-Césaire dans le cadre des conférences Se relier au coeur du monde mijotées par mon ami Léon.

Il venait parler des maladies chroniques.

La salle débordait. Au total, 300 personnes étaient entassées dans l'agora de l'école secondaire, assoiffées de se faire dire quoi manger pour repousser le plus loin possible la manifestation d'un cancer ou du diabète.

Parce que c'est ça la triste réalité. On le sait tous ce qu'il faut faire pour être en santé: ne pas fumer, bien manger en évitant les gras, le sel et le sucre, bouger, bien dormir et maintenir un poids santé. Bref, avoir un mode de vie sain. Mais on est trop imbéciles pour le mettre en pratique. Comme l'a si bien ditM. Béliveau, une sommité, «on a tendance à se croire éternels». Ce sont pourtant nos habitudes de vie qui jouent un rôle crucial dans le développement des maladies...

On est à ce point cons, qu'on a besoin de se faire brasser la cage par quelqu'un bourré de diplômes pour - peut-être - enfin comprendre la vie.

Eh bien ce soir-là, on y a goûté. Et c'était succulent comme soirée!

Richard Béliveau en a ras le bol. Il rage de voir les gens avoir peur de l'avion, des ours, des crocodiles ou de la foudre. «Certains ont peur d'aller visiter New York! , a-t-il lancé. Moi, ce qui me terrifie, c'est le cancer et le diabète. Si vous ne fumez pas, votre priorité est de vous débarrasser de votre bedaine.»

Une personne sur deux mourra des suites du tabagisme et une sur trois succombera à un cancer. Les chances de perdre la vie dans un accident de voiture sont de une sur 7000. «Vous ne focussez pas sur les bonnes affaires!», regrette-t-il.

Le secret, il se cache dans ce qu'il nomme le «régime méditerranéen», qui se caractérise par une grande consommation de fruits et légumes, de noix, de légumineuses, de grains entiers et d'épices et qui utilise l'huile d'olive comme source principale de lipides. Ce qui est merveilleux avec cette approche, c'est qu'elle qualifie le vin rouge (à cause du resvératrol) et le chocolat noir (à cause des polyphénols), consommés avec modération, de bénéfiques pour la santé.

Oui, oui: il est possible de manger sainement tout en ayant du plaisir!

Les gens ont tellement peur de manquer quelque chose. Pire: ils craignent de ne pas faire la bonne chose. Par exemple, le scientifique suggère de manger entre 7 et 10 portions de légumes par JOUR.

Non, au lieu de ça, on se questionne. Les légumes, cuits ou crus? Avec la pelure ou non? Bios ou pas? À la vapeur ou au four? Les fruits, congelés ou frais? Coupés en rondelles, en cubes ou camouflés dans un smoothie?

Pendant qu'on s'interroge, les mozus de fruits et légumes perdent de leur vigueur dans le frigo.

MANGEZ-LES, BÂTARD, s'égosille le chercheur. On s'en fout à la limite de la coupe, de la cuisson, de la présentation dans l'assiette et de l'ordre dans lequel on les ingurgite! Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il est primordial d'en MANGER, et ce, chaque jour.

L'équation doit être trop simple... Alors on se demande si effectivement, on peut utiliser l'huile d'olive comme «corrrrps grrrras». On s'enfarge dans les fleurs du tapis uni et après on braille de devoir magasiner notre pantalon fleuri dans le large.

En 300 quelque années avant J.-C., Hippocrate a dit: «Que ton aliment soit ta seule médecine.»

Quand un grand médecin vous balance, près de 2400 ans plus tard: «Ne pilulisez pas votre vie!», ça doit être parce que le message s'est perdu quelque part en chemin.

Savez-vous pourquoi Richard Béliveau a écrit tous ses livres sur les aliments contre le cancer au fil des dernières années? Ça le peinait de voir les gens changer leurs habitudes de vie et alimentaires une fois le nez collé à un diagnostic de cancer. Un moment qu'il juge un peu tardif.

Tout est dans la prévention, insiste-t-il. «C'est ça qu'il faut se rentrer dans'tête!», signale-t-il.

Une pilule que plusieurs semblent avoir du mal à avaler.

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