Le coup de téléphone

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Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

Une dame m'a appelée jeudi après-midi dernier, vers 15h48, pour me demander si j'avais bientôt l'intention d'écrire sur un autre sujet que sur moi dans ma chronique.

«C'est du narcissisme à l'état pur!», qu'elle m'a lancé.

Après lui avoir expliqué le but visé d'une chronique d'humeur, souvent teintée d'humour, je lui ai annoncé que non, rien n'allait changer. Il n'est pas dans mes plans à court, moyen, voire long terme, de modifier quoi que ce soit.

«C'est dur à lire, qu'elle a ajouté. Les gens sont masos de vous suivre chaque semaine.» Je croyais au coup de téléphone.

C'est là que je lui ai demandé de me dire qui lui cassait le bras pour lire ma chronique sur une base hebdomadaire. Elle a refusé de me répondre, soutenant qu'il ne me revenait pas, à moi, de lui dicter si elle devait, oui ou non, lire Le Plus.

Ce que j'ai senti, c'est qu'elle aimait profondément l'hebdo. Ce sont mes billets qui lui donnent des ulcères. Tellement qu'elle a semblé surprise d'apprendre que oui, je recevais souvent des commentaires positifs à la suite de mes publications. Je me suis retenue de lui dire que des lecteurs sont même devenus de bons amis par l'entremise de mes chroniques.

Je ne la sentais pas prête à recevoir cette nouvelle...

Quand je lui ai demandé à qui j'avais l'honneur de parler, elle a refusé de se nommer. «Vous devriez apprendre à rêver et à profiter de la vie», qu'elle m'a balancé avant... DE ME RACCROCHER AU NEZ!

Honnêtement, c'est plus sa façon de se défiler que ses critiques à l'égard de ma chronique qui m'a mise en beau joual vert.

C'est tellement facile de critiquer et de vider son sac sur quelque chose qui nous irrite sous le couvert de l'anonymat.

Faisant partie des privilégiées qui profitent d'une tribune pour écrire sur divers sujets avec une liberté presque gênante, je suis la première à défendre la liberté d'expression. Mais déverser son fiel et refuser d'assumer ses paroles au grand jour, surtout quand notre vie n'est pas menacée, tout comme notre travail, notre famille ou notre santé, c'est manquer de courage. Avec l'avènement des réseaux sociaux, tout le monde se met le ventre à terre pour arrêter l'hémorragie de propos haineux, violents, injurieux, racistes, homophobes et j'en passe, écrits derrière des pseudonymes bidons.

C'est ainsi qu'est née l'intimidation en ligne.

Un fléau chez les adolescents.

Drôle de liberté d'expression que de s'exprimer à condition de cacher son identité, non?

L'anonymat n'est pas toujours légitime. Il faut avoir le courage de tenir nos propos à la lumière du jour. Si cette dame s'était nommée, je ne serais pas là à rédiger cette chronique. Je n'écris pas pour être aimée de tous. J'en suis consciente et je lui ai dit.

Si elle avait assumé ses propos, je lui aurais - peut-être - fait plaisir, en parlant du chien de mon amie Anne, Arthur, ou du tricotin géant qu'est en train de fabriquer ma collègue Julie. Ce ne sont pas des sujets inintéressants, mais ils ne me font pas vibrer. Pour créer une émotion, faire rire, pleurer ou réfléchir mon lectorat, j'ai besoin d'écrire sur un sujet qui me touche, qui me rejoint.

Sur quelque chose que j'ai vécu, moi, pas mon voisin.

À ses yeux, je suis centrée sur mon petit nombril. Elle me lit d'ailleurs chaque semaine pour voir si, encore une fois, j'y parle de moi.

«Je suis curieuse de voir s'il y aura du nouveau, mais non», qu'elle m'a expliqué. Qui parlait de masochisme tantôt?

Comme journalistes, nos sources revendiquent souvent le droit à l'anonymat pour protéger leur identité et éviter toutes formes de représailles. Ce qui est justifiable. Et, curieusement, on parle quand même de situations exceptionnelles.

Utiliser un paravent pour émettre ses invectives, c'est mou. Surtout quand on prend le temps de joindre la personne pour lui parler de vive voix!

Bref, le coup de fil de cette dame m'a une fois de plus convaincue de l'importance d'assumer ses idées et qui l'on est.

L'intégrité, quelle belle qualité. Ça aide à mieux dormir le soir.

Dans les circonstances, je ne pouvais pas passer à côté du sujet.

Je vous parlerai de moi la semaine prochaine... au grand désespoir de la Dame-qui-aime-me-détester.

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