Question de sens

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Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

Une drôle de question m'est passée par la tête l'autre matin pendant que je marchais vers le boulot. Pourquoi est-ce que je porte mon écouteur dans l'oreille droite, alors que pour bien entendre mes interlocuteurs, je tends toujours l'oreille gauche?

Même chose quand je parle au téléphone. Jamais je ne réponds avec mon oreille droite. Ce geste, à prime à bord banal, je le fais toujours avec mon oreille gauche.

Je sais, je me pose trop de questions. C'est simple, je stimule mes capacités cognitives. L'exercice, ce n'est pas juste bon pour le corps. Il faut aussi prendre soin de nos facultés intellectuelles. En me posant 100 000 questions par jour, je me garde en forme et je repousse les maladies comme l'Alzheimer le plus loin possible.

Pourquoi, que je me demandais donc.

C'est là que j'ai découvert le phénomène de latéralisation. Un grand mot qui veut dire qu'il existe une différence entre le côté gauche et le côté droit de notre corps. Un des deux est souvent dominant. La latéralisation prend en compte tous nos organes pairs et sensoriels comme les mains, les pieds, les yeux et... les oreilles! Mais attention, il ne faut pas prendre la latéralisation comme un bloc. Un droitier n'est pas forcément droitier du pied, de la main, de l'oreille et d'un oeil. Il peut y avoir des déviances. C'est selon.

Devinez dans quel groupe je me trouve?

Eh oui, celui des déviants.

Même si je suis droitière de la main, je ne suis pas «latéralisée» de tout le côté droit. En termes scientifiques, je serais donc une droitière partielle qui fait davantage travailler son hémisphère gauche, car le contrôle est croisé.

Mon oreille gauche est donc mon oreille directrice.

Instinctivement, quand je marche, je porte mon écouteur à droite pour libérer ma «bonne» oreille et ainsi entendre ce qui se passe autour de moi. Pas fou, non?

C'est juste le gros bon sens, et ça s'est installé tout seul.

La force tranquille du corps humain ne cessera jamais de me surprendre.

Parlant de surprise, la mienne a été grande en apprenant, au cours de ma recherche éclair sur cet organe magique qu'est l'oreille, de découvrir que même dans le domaine de l'audition, être gaucher est plus ou moins bien vu.

Selon le professeur Alfred Tomatis, oto-rhino-laryngologiste français qui a fait une série de découvertes étonnantes sur l'audition, l'écoute et le langage dans les années 1950, l'oreille droite traite l'information auditive plus rapidement que l'oreille gauche. En conséquence, ceux qui sont droitiers d'oreille sont capables de mieux contrôler les divers paramètres régissant la voix et la parole. Sa méthode visait d'ailleurs à apprendre aux gens à mieux utiliser leur oreille droite! Chic, non?

Ça va donc loin cette dichotomie gauche-droite. Cette tendance à mettre les droitiers sur un piédestal. Le monde est fait et pensé pour nous, mais ce n'est pas encore assez.

Tout ce qui est à gauche est infériorisant. On est gauche ou adroit. Quand on est de mauvaise humeur, c'est qu'on s'est levé du pied gauche. Quand on meurt, on passe l'arme à gauche. À une certaine époque, on faisait écrire les enfants «de leur bonne main», la droite. La main gauche, on la trempait dans l'eau bouillante pour que les petits changent leur mauvaise habitude.

D'autres exemples? En anglais, left signifie perdu et right veut dire bon, juste ou qui convient. En italien, sinistro veut dire sinistre ou gauche.

Et là, je ne vous parle pas du désaccord ancestral qui sépare la droite et la gauche en politique. Un sujet qui ne cesse de provoquer des ulcères d'estomac.

Parlant d'estomac, il se trouve de quel côté lui déjà?

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