Chante-la ta chanson

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Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

(Granby) Comme notre plus jeune a six ans - j'ai fait un calcul rapide le week-end dernier- nous en avons encore pour au moins cinq ans à devoir passer l'Halloween... qui n'est pas ma fête préférée.

Chaque fois l'impression de vivre dans l'urgence à l'aube du 31 octobre. Un empressement et une impatience généralisée qui prennent de l'ampleur le jour venu. Mais pour mes filles, leur bonheur, les étoiles dans leurs grands yeux bleus, je passe chaque fois par-dessus le haut-le-coeur que provoque en moi cette journée folle. Et au retour, je mange mes émotions en leur dérobant des minibarres Mars, Oh Henry! et Aero.

Cette année, l'Halloween tombait un samedi. Pas de stress que je me disais. Inutile de commencer la cueillette à 16h. Attendons qu'il fasse noir. Erreur.

À 17h30, les structures gonflables des quartiers populaires avaient l'air d'épaves sur les pelouses et plus aucune chandelle ne vacillait dans les citrouilles savamment sculptées. On venait de manquer le bateau.

Qu'à cela ne tienne. Notre trio d'enfants formé d'Olaf (la fille d'une amie), d'une sorcière et d'une Nerd a décidé de poursuivre sa quête. Pour une porte ouverte, une dizaine était fermée. Dire qu'elles ont gagné leurs bonbons ne serait pas mentir. Elles en ont parcouru du millage... Et la face d'enterrement qu'elles ont faite en se présentant chez une dame chez qui elles devaient chanter pour obtenir leurs bonbons!

Dans mon temps, c'était monnaie courante. Une requête qui faisait rebrousser chemin à plusieurs. Mais là, quand une maison sur 20 est de la fête, tu déposes ton butin, tu prends ton courage à deux mains, pis tu chantes.

Ce soir-là, j'ai suggéré à mes filles de pousser une de leurs chansons de Noël. Ça fait deux mois qu'on entend Enfants de Palestine, Trois anges sont venus ce soir et La tourtière en boucle, matin et soir. On a fait un petit bout du classique d'Augusta Holmès, écrit en 1884, avant qu'Olaf ne nous arrête d'un «OK là, go!» bien senti. On a visiblement impressionné la dame aux bonbons, car j'ai eu droit à un petit sac de chips au terme de notre prestation familiale.

- Bonne idée de faire chanter les gens, que je lui ai lancé. C'est drôle.

Malheureusement, ce n'est pas tout le monde qui pensait comme moi. Assis dans sa voiture, un homme qui attendait ses enfants lui aurait crié, un peu plus tôt dans la soirée, à quel point il trouvait ça stupide qu'elle leur demande ainsi de chanter.

- Donne-leur tes bonbons qu'on sacre notre camp! , qu'il lui aurait hurlé avec mépris, en ajoutant que dans son temps (sans doute la Préhistoire), il n'a jamais eu à se soumettre à ce cirque.

De la grosse classe.

Ce n'est pourtant pas d'hier que les petits chercheurs de bonbons doivent se faire aller les cordes vocales. La tradition du trick or treat date des années 30. À la même époque est née, dans la culture canadienne-française, l'idée de faire fredonner les enfants sous le chantage.

Avez-vous déjà remarqué, justement, que les mots menace et bonbon étaient souvent liés? Une relation qui reprend aussitôt les costumes pliés et rangés dans le bac Rubbermaid.

- Maman, est-ce que je peux avoir un bonbon?

- Non, finis ton assiette avant!

- Papa, je peux prendre une gomme?

- Non ma puce, il faudrait d'abord que tu déjeunes...

Et c'est comme ça tout le mois de novembre depuis 1930.

Toujours la même chanson.

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