Un poisson qui grogne avant l'amour

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Michel Aubé
La Voix de l'Est

(Granby) Il est relativement connu que le chant des oiseaux, des grenouilles ou des insectes sert de sérénades amoureuses.

Il est toutefois surprenant d'apprendre que diverses espèces de poissons communiquent aussi de cette façon en période de reproduction. Le milieu aquatique est en effet propice à la propagation des sons de basse fréquence. Une caractéristique exploitée par plusieurs habitants de cet environnement.

Le crapet soleil appartient à la famille des centrarchidés, qui regroupe au Québec les crapets et les achigans. C'est un poisson familier de la plupart des pêcheurs, souvent le premier poisson attrapé par les débutants. En période de reproduction, le mâle arbore des couleurs de poisson tropical avec ses flancs marbrés d'ocre rouge sur fond turquoise, son ventre jaune et l'extrémité son opercule (recouvrant les ouïes) bordée de noir et d'écarlate.

Lorsque la température de l'eau avoisine 14° Celsius, le mâle construit son nid : une dépression au fond de l'eau d'un diamètre faisant deux fois sa longueur, dont il balaie le sable et le gravier de sa queue en position verticale. Les cailloux et débris restés dans le nid sont cueillis en bouche et recrachés sur la bordure formée tout autour. Une quinzaine de nids espacés d'environ six centimètres forment une petite colonie et chaque propriétaire y défend farouchement son espace.

Les femelles restées en eau profonde arrivent en groupe quand les nids sont prêts. Elles sont souvent accueillies avec agressivité par les mâles qui ont tendance à défier et attaquer systématiquement tout poisson qui rôde aux alentours du nid. Elles doivent signifier qu'elles sont inoffensives en abaissant les épines de leurs nageoires et en arborant une livrée de rayures foncées. 

C'est généralement à ce moment, alors qu'il passe de l'agression à la séduction, que le mâle fait entendre un son de gorge rauque et râpeux, une sorte de raclement produit par le pharynx. En rejouant ce son sous l'eau, les chercheurs ont constaté qu'il déclenchait les parades de menace et d'agressivité chez les mâles voisins et que cela avait un effet attractif chez la femelle, qui se laissait alors convaincre d'accompagner le mâle à son nid pour le frai.

MICHEL AUBÉ,

VICE-PRÉSIDENT DU CINLB

ET PROFESSEUR ASSOCIÉ

À L'UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE




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