Le grand blond qui a peur de son ombre

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Michel Aubé
La Voix de l'Est

Au moment où la féerie automnale s'épuise, alors que les érables et les bouleaux perdent leurs dernières feuilles, un arbre étrange prend la relève. Il se pare à son tour d'un panache flamboyant, couleur miel et or, qui tranche sur le vert foncé des sapins et des épinettes. Puis, après une dizaine jours, il disperse au vent ses courtes aiguilles. C'est le mélèze laricin, un conifère indigène qui couvre presque entièrement le territoire canadien, du rivage atlantique jusqu'aux dunes enneigées de l'Alaska.

C'est le seul conifère d'ici à perdre ses aiguilles en hiver, une particularité qui n'est pas complètement expliquée. L'hypothèse la plus plausible est que cette chute a la même cause que pour les arbres caduques : éviter de se déshydrater complètement. Les feuillus perdent en effet jusqu'à 90 % de leur réserve d'eau par la transpiration des feuilles. Les conifères réduisent largement cette perte, parce que leurs aiguilles offrent une surface beaucoup plus restreinte, et qu'elles sont recouvertes d'une cire qui les protège. Chez le mélèze, cette couche protectrice est beaucoup plus mince et la capacité de l'arbre à puiser de l'eau dans le sol en hiver, pratiquement nulle. Son système racinaire occupe une large superficie, dont le rayon est équivalent à la hauteur de l'arbre (15-25 mètres). Mais la profondeur dépasse rarement 40 cm, ce qui fait que les racines n'arrivent jamais à puiser au-delà de la profondeur de congélation.

Le mélèze a besoin de beaucoup de lumière pour sa croissance, et il ne supporte pas l'ombre des autres arbres. S'il n'est pas l'espèce dominante, avec sa fine ramure qui laisse aisément passer la lumière, il ne résiste pas et dépérit. C'est pourquoi on le trouve toujours en terrain dégagé, habituellement sur le bord des plans d'eau, près des marécages ou dans les tourbières. Il est considéré comme une « espèce pionnière », parce qu'il est le premier arbre à coloniser ces espaces dégagés et l'une des premières essences à croître après les feux de forêt. Ses aiguilles sont extrêmement nutritives et leur chute à l'automne enrichit rapidement le sol, favorisant le reboisement par d'autres espèces.

MICHEL AUBÉ,

VICE-PRÉSIDENT DU CINLB ET PROFESSEUR ASSOCIÉ

À L'UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE

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