L'homme aux longs parcours

Jonathan Collin regrette qu'aucune aide financière ne soit... (photo Christophe Boisseau-Dion)

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Jonathan Collin regrette qu'aucune aide financière ne soit octroyée aux aidants naturels. Père de deux enfants de huit et neuf ans, il accompagne sa femme, Kathy, dans sa lutte contre le cancer.

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Isabelle Gaboriault
La Voix de l'Est

(Granby) La vie n'est pas douce avec Jonathan Collin. Depuis des années, elle teste sa résilience, son humilité et sa force de caractère. Mais au fil du temps, les épreuves ont fait de lui un battant. La preuve : en juin prochain, il entend marcher de Bromont à Banff pour amasser des fonds dans le cadre de l'Ultime défi 2017 et ainsi soutenir sa femme atteinte d'un cancer virulent. Un projet fou « qui n'a pas d'allure », concède-
t-il, le premier désappointé de devoir faire mille et une acrobaties pour garder la tête hors de l'eau. Cri du coeur d'un aidant naturel.

« Donnez-moi le bon numéro ! »

Jonathan Collin est fatigué. Il est épuisé de devoir enchaîner les demandes de dons, de quémander et de crier à l'aide sur les réseaux sociaux et dans les médias. 

Il y a deux ans et demi, sa femme, Kathy Gaudreault, a appris qu'elle était atteinte d'un agressif cancer du sein. Juste avant, Jonathan, humoriste autodidacte, venait de subir un grand revers financier en perdant des milliers de dollars dans un événement culturel qui a complètement échoué à Bromont. Après une opération, des traitements de chimiothérapie et de radiothérapie, l'état de Kathy s'est amélioré. Elle était même retournée sur le marché du travail. Mais en octobre dernier, tout s'est écroulé. Encore. Le cancer est revenu et il s'était propagé. Depuis, la femme de

40 ans subit de la chimiothérapie palliative. Récemment, elle aurait manifesté à son conjoint son désir d'être accueillie à la Maison Au Diapason de Bromont.

« Depuis 2014, c'est tough, ne cache pas le père de deux enfants de huit et neuf ans. Je vis tellement de colère... Il n'y a plus rien qui se passe. Tout s'est effondré et je vais perdre ma blonde. »

« Pour les aidants naturels, il n'y a rien, regrette-t-il. Il y a un trou dans le système. En plus, moi, j'ai les pires conditions : je suis travailleur autonome, sans avantages sociaux (assurances), et j'ai tout perdu dans un projet qui était pour moi un beau défi. Je fais quoi ? Eh bien, je vais marcher. Je vais encore me donner de l'espoir. »

Le père de William et de Zoé déplore de devoir toujours y aller de coups d'éclat pour sensibiliser les gens à la cause de sa famille. « J'ai

42 ans, pis je suis obligé de traverser le Canada à pied en espérant, peut-être, amasser de l'argent, illustre-t-il. J'suis rendu là ! C'est de l'inconnu total, car rien ne me garantit que je vais en ramasser. Le ministre Barette ferait-il ça, lui, marcher plus de 3700 km pour aider sa famille ? »

Au bout du rouleau, Jonathan croit que les ministres de la Santé, de la Famille et des Finances devraient sérieusement étudier la possibilité d'offrir une forme d'aide à ceux qui prennent soin d'un proche malade ou en fin de vie.

« Il faut qu'il se passe quelque chose, insiste-t-il. Il faut brandir le drapeau. Si tu savais la pression que je supporte à pédaler pour trouver de l'argent. Je suis une pieuvre ! Parce qu'au-delà de l'aspect financier, il y a ma blonde qui souffre physiquement et mentalement et nos enfants qui sont confrontés à la mort. Un moment donné, ça devient irréel tout ça. »

Dans une vidéo mise en ligne sur la page Facebook de

l'Ultime défi 2017 jeudi dernier, le père de famille a cristallisé son message. Encore une fois, il s'adresse au ministre de la Santé, Gaétan Barette. « Il faut que vous fassiez quelque chose, lance-t-il. On ne peut pas vivre une situation comme ça avec zéro. Me lancer dans un défi colossal comme celui-ci n'est pas normal. Je suis tanné d'être obligé de quêter sur Facebook ! »

« Appuyez-nous, ajoute-t-il, parce que là, on est à bout.»

D'une montagne à l'autre

Bien qu'il entende relever son Ultime défi seulement l'été prochain, Jonathan Collin a décidé de commencer à en parler maintenant, car c'est en ce moment même que sa famille a besoin de soutien.

« De dire que j'ai besoin d'aide, c'est dur en maudit, avoue-t-il. Je dois mettre mon hos... d'orgueil de côté, je n'ai pas le choix. Je dis aux gens de m'aider et, en retour, je vais marcher pour ma femme et pour les familles aux prises avec le cancer. »

Le but de Jonathan est de quitter la montagne de Bromont en juin pour se rendre jusqu'à Banff. À raison de six à sept heures de marche par jour, il entend traverser les grandes villes en sensibilisant les gens à sa cause, à celle du cancer, tout en amassant des dons.

« Déjà, des amis et des bénévoles m'ont dit vouloir faire la ride, confirme-t-il. Les gens qui le veulent pourront aussi participer. On pourrait ainsi former des équipes et marcher à relais... »

La logistique de l'événement n'est pas encore toute pensée, concède Jonathan. Bien sûr, l'état de santé de Kathy en déterminera les balises.

« La priorité, c'est elle, tranche-t-il. Ça va aussi dépendre de ses traitements. »

Si l'état de Kathy est trop précaire, Jonathan reportera la marche. Tout simplement. Dans l'éventualité où elle s'envolerait avant l'été, son défi, il le relèvera en sa mémoire en compagnie de leurs deux enfants.

Dans ce cas-là, l'argent récolté irait en dons à quatre familles dont la vie a été chamboulée par le cancer. 

Pour donner, les gens sont invités à se rendre sur la page Facebook de

l'Ultime défi 2017. Suffit ensuite de cliquer sur le lien de Onedollargift.

« Je ne suis pas un gars de marathon. Je ne suis pas un athlète, souligne celui qui est humoriste. Mais je suis en santé. Je ne me fais pas shooter de chimio et je n'ai pas de métastases dans la tête... Je marche. »

Pour faire sa part pour la famille Gaudreault-Collin, Onedollargift a accepté de gérer les entrées de dons sans charger de frais. Tout l'argent va donc directement à la famille.

Isabelle Gaboriault

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